Conflit au Moyen-Orient : Vers une réouverture des négociations entre supermarchés et fournisseurs ?
La guerre au Moyen-Orient fait-elle planer la menace d'une nouvelle flambée des prix dans les rayons ? Cette question cruciale agite actuellement les milieux économiques et gouvernementaux. Alors que les industriels réclament une réouverture des négociations commerciales pour tenir compte de l'impact du conflit, le gouvernement adopte une position plus mesurée, temporisant face à des demandes jugées prématurées.
Un système annuel sous tension
Chaque année, du 1er décembre au 1er mars, les grandes enseignes de distribution et leurs fournisseurs s'engagent dans des discussions souvent houleuses pour déterminer les prix et conditions d'approvisionnement. Ces négociations, qui excluent les marques de distributeurs, aboutissent généralement à des hausses inférieures à 1% selon les distributeurs. Un niveau que les industriels jugent insuffisant au regard de leurs coûts de production croissants et de leurs besoins d'investissement.
Les industriels sonnent l'alarme
La fin des négociations 2026 a coïncidé avec le début du conflit au Moyen-Orient, déclenchant une hausse significative des prix du pétrole, du gaz, des emballages, des engrais et du gazole agricole. Face à cette nouvelle donne, plusieurs acteurs majeurs ont rapidement réagi :
- Les coopératives laitières derrière Yoplait et Soignon ont demandé une réouverture dès le 9 avril
- La Coopération agricole, représentant 2 000 entreprises, réclame une révision des prix et un comité de suivi
- L'Ania invite les distributeurs à entendre les besoins exprimés via des négociations individuelles
- Pact'Alim, regroupant 3 000 PME et ETI, plaide pour une juste répercussion des surcoûts
La prudence des distributeurs
La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) estime que les demandes de réouverture sont « limitées » et « prématurées ». Judith Jiguet, déléguée générale de la FCD, explique que des clauses de révision permettent déjà de rediscuter les contrats lorsque cela est justifié. Elle accuse les industriels d'« installer une pression » pour « préparer le terrain » en attendant des « éléments probants » sur l'impact réel du conflit.
Le gouvernement entre temporisation et vigilance
Si en mars 2022, face à la guerre en Ukraine, le gouvernement avait ordonné une réouverture des négociations, la situation actuelle est jugée différente. Bercy souligne notamment que l'envol des prix du blé ou les problèmes de production nucléaire qui avaient justifié cette décision ne se reproduisent pas actuellement.
Serge Papin, ministre du Commerce et des PME, a déclaré que la réouverture des négociations « est une option, mais nous n'en sommes pas encore là ». Quelques jours plus tôt, il avait pourtant admis qu'il allait « falloir sans doute » y recourir. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a quant à elle appelé les parties prenantes à se « remettre autour de la table ».
Un système à bout de souffle
Un consensus émerge sur un point : le système actuel est « à bout de souffle ». Judith Jiguet de la FCD souligne l'inadaptation de la date butoir du 1er mars, spécificité française peu compatible avec un « contexte qui fluctue sans cesse ». Elle rappelle que seuls les distributeurs sont sanctionnés en cas de non-respect des délais.
Serge Papin milite pour l'adoption de contrats pluriannuels, une réforme législative qui semble peu probable à un an de l'élection présidentielle. L'Ilec, lobby des grandes marques, rejoint cette analyse d'un système nécessitant une refonte profonde.
Quel impact pour les consommateurs ?
Rénégociation ou pas, « une hausse des prix est inévitable », a prévenu Serge Papin début avril. L'Insee l'évalue à « 2% en juin ». Cependant, cette augmentation « sera très loin de l'hyperinflation » connue « entre 2022 et 2024 », qui avait atteint « près de 20% pour certains produits ».
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a appelé les industriels à être « raisonnables » dans leurs hausses de prix. Michel-Édouard Leclerc et Dominique Schelcher, PDG de la Coopérative U, affirment que le prix du panier de courses restera stable à court terme. Si l'UFC Que Choisir prédit une hausse de 4 à 5% dans les mois à venir, M. Schelcher tempère : « personne n'a de boule de cristal ».
Alors que la situation économique reste incertaine, le débat sur la réouverture des négociations commerciales illustre les tensions persistantes dans la chaîne alimentaire française, entre nécessité de protéger le pouvoir d'achat des consommateurs et impératif de viabilité économique pour les producteurs et distributeurs.



