Meta, la maison mère d'Instagram et de Facebook, comparait à partir du mercredi 12 août 2026 devant un tribunal fédéral d'Oakland, en Californie. Quatre États américains – la Californie, le Colorado, le Kentucky et le New Jersey – l'accusent d'avoir sciemment conçu ses plateformes pour les rendre addictives chez les mineurs. Le groupe, déjà condamné deux fois cette année pour des faits similaires, risque jusqu'à 1.400 milliards de dollars de pénalités, un montant théorique équivalent à sa capitalisation boursière.
Un procès test à enjeux majeurs
Ce procès, l'un des plus lourds parmi les nombreuses procédures judiciaires visant les réseaux sociaux aux États-Unis, débute par la sélection du jury. Les débats ne commenceront que le 18 août, pour environ six semaines d'audiences, avec un verdict attendu début octobre. Les procureurs généraux des quatre États réclament une longue liste de restrictions sur le fonctionnement d'Instagram et Facebook pour les mineurs, ainsi que des pénalités financières colossales.
Mark Zuckerberg de nouveau à la barre
Mark Zuckerberg, le PDG de Meta, figure parmi les « témoins vedettes » que l'accusation compte interroger pendant trois heures d'ici fin septembre. Ce sera sa deuxième comparution en six mois, après celle jugée peu convaincante devant un tribunal de Los Angeles. Le procès d'Oakland est le premier devant la justice fédérale, et une défaite de Meta pourrait ouvrir la voie à un accord global avec l'ensemble des États américains, sur le modèle de celui conclu avec l'industrie du tabac.
L'affaire des « Facebook Files »
Ce bras de fer judiciaire trouve son origine fin 2021, quand une ex-employée, Frances Haugen, a divulgué des milliers de pages de recherche interne, les « Facebook Files ». Ces documents montraient que Meta mesurait les dégâts d'Instagram sur la santé mentale des adolescentes tout en affichant un discours rassurant en public. Ces révélations ont déclenché une enquête conjointe de dizaines d'États, aboutissant deux ans plus tard à une plainte d'une trentaine de procureurs généraux. Quatre d'entre eux ont été choisis pour ce procès-test à Oakland.
Un contexte de défiance généralisée
Les réseaux sociaux sont dans l'œil du cyclone aux États-Unis. TikTok, Snapchat et YouTube (Google) sont également visés par des plaintes de familles, d'institutions scolaires et de procureurs. En mars dernier, un jury de Los Angeles a rendu une décision inédite, jugeant Meta et YouTube responsables de l'addiction d'une adolescente californienne, avec 6 millions de dollars de dommages. Au Nouveau-Mexique, Meta a été condamné à près d'un milliard de dollars, en amendes et réparations, avec des restrictions inédites sur les comptes des mineurs. Le groupe a annoncé faire appel.
Meta se dit confiant
Meta a réagi jeudi en se disant « confiant » dans son bilan « en matière de protection des adolescents en ligne ». Le groupe entend faire valoir que la santé mentale des jeunes « ne peut être imputée à une seule application » et que certaines fonctionnalités attaquées relèvent de la liberté d'expression garantie par la Constitution. En mai dernier, pour éviter un autre procès, Snap, TikTok, YouTube et Meta ont préféré payer 27 millions de dollars à un district scolaire du Kentucky, un accord qui pourrait servir de référence pour quelque 1.200 collectivités éducatives ayant déposé des plaintes similaires.



