Ce mardi après-midi, sous une chaleur accablante de 33 °C à Paris, la première chambre de la cour d'appel de Paris a rendu son verdict dans l'affaire de détournement de fonds publics impliquant Marine Le Pen et le Rassemblement National (RN). L'audience, très attendue, a duré une demi-heure seulement, mais les enjeux étaient considérables pour l'avenir politique de la dirigeante d'extrême droite.
Une peine réduite en appel
En première instance, Marine Le Pen avait été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme. La cour d'appel a ramené cette peine à trois ans de prison, dont deux avec sursis. La partie ferme est désormais d'un an, à purger sous surveillance électronique. Concrètement, Marine Le Pen sera convoquée par un juge d'application des peines (JAP) dans les semaines à venir, qui fixera les modalités de son assignation à résidence, avec des horaires de sortie précis. Grâce aux remises de peine potentielles, elle pourrait être libérée dès janvier, lui permettant de se lancer dans la campagne présidentielle.
Inéligibilité : un coup de théâtre juridique
Le volet le plus crucial de la décision concerne l'inéligibilité. La cour d'appel a prononcé 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, soit 15 mois ferme. Cependant, la présidente Michèle Agi a précisé que cette peine a déjà été purgée en raison de l'exécution provisoire ordonnée en première instance le 31 mars 2025. Ainsi, Marine Le Pen est désormais éligible pour les prochaines élections. La cour a justifié cette décision par « la liberté des candidatures » et « le libre choix des électeurs », refusant de s'immiscer dans le processus démocratique.
Des faits qualifiés de « graves »
La présidente Agi a souligné la gravité des faits : un détournement de 2,8 millions d'euros de fonds du Parlement européen sur onze ans, dont 1,9 million reste à rembourser. Elle a dénoncé une « rupture d'égalité avec les autres partis politiques » et rappelé que ces agissements ont jeté le discrédit sur les institutions européennes. La juge a également pointé la responsabilité des dirigeants historiques, Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen.
Réactions et conséquences politiques
À l'issue de l'audience, Marine Le Pen a quitté la salle sans faire de déclaration. Son avocat, Me Rodolphe Bosselut, a exprimé une « satisfaction prudente », notant « une inflexion considérable sur les peines, notamment sur la peine d'inéligibilité ». Le RN a salué une décision qui préserve les chances de sa candidate pour la présidentielle. Cette condamnation, bien que réduite, reste une épine dans le pied de Marine Le Pen, qui avait promis de renoncer à la présidentielle en cas de condamnation à de l'inéligibilité.



