Ce mardi 23 juin, l'historien et résistant Marc Bloch rejoint le Panthéon, devenant le premier historien à y faire son entrée. Il repose désormais aux côtés d'illustres résistants comme Jean Moulin et Missak Manouchian, accompagné de son épouse Simonne Vidal. Le président Emmanuel Macron a déclaré que cet hommage est rendu « pour son œuvre, son enseignement et son courage ».
Un parcours académique d'exception
Né le 6 juillet 1886 à Lyon dans une famille juive alsacienne, Marc Bloch se distingue par de brillantes études à l'École normale supérieure. Il devient professeur d'histoire au lycée puis à l'université de Strasbourg. Spécialiste reconnu du Moyen Âge, il publie en 1924 son œuvre majeure, « Les Rois thaumaturges », suivie de « La société féodale » et « Les caractères originaux de l'histoire rurale française ».
Selon Peter Schöttler, auteur de « Marc Bloch, une biographie intellectuelle » (Gallimard), « sans doute aucun historien du XXe siècle ne fait-il l'objet d'un culte aussi unanime, tout camps intellectuels et politiques confondus ». Cette renommée, Bloch la doit en partie à la revue des « Annales d'histoire économique et sociale », qu'il cofonde en 1929 avec Lucien Febvre. Cette publication révolutionne la recherche historique en l'étendant aux domaines social, juridique, psychologique et économique.
Un républicain fervent
L'historienne Annette Becker, citée par le ministère de la Culture, souligne : « Ce qui frappe chez Marc Bloch, c'est sa ferveur, encore plus que son action. Sa ferveur à faire que l'on puisse vivre ensemble. Il voyait qu'il fallait convaincre chaque citoyen de ce qu'est être citoyen. »
Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale comme adjudant d'infanterie, Bloch devient officier de renseignement puis capitaine, recevant la Croix de guerre avec quatre citations. Patriote convaincu, il se définit comme « passionné de la République » et signe dans les années 1930 le manifeste des intellectuels antifascistes.
Un engagement résistant jusqu'au sacrifice
En 1939, à 53 ans et père de six enfants, Bloch demande à être mobilisé. « Je suis le plus vieux capitaine de l'armée française », plaisante-t-il. Après l'armistice de 1940, il rédige « L'Étrange défaite », un ouvrage posthume sans concession sur « le plus atroce effondrement de notre histoire ».
En raison de ses origines juives, Bloch est banni de la Sorbonne et perd son appartement et sa bibliothèque. Il se réfugie dans la maison familiale en Creuse avant de rejoindre la Résistance en 1943 dans la région lyonnaise, au sein du mouvement Franc-Tireur. L'historienne Alya Aglan, autrice de « La double mort de Marc Bloch » (Flammarion), explique que « le refus d'accepter la défaite figure au premier chef des motivations à l'origine de l'engagement ».
Arrêté à Lyon le 8 mars 1944, Bloch est emprisonné et torturé à la prison de Montluc. Il est fusillé le 16 juin avec 29 camarades. Ses cendres sont transférées en 1977 dans le caveau familial en Creuse, avec l'épitaphe « Dilexit veritatem » (« J'ai chéri la vérité »).
Un juif athée et laïc
Bien que sa famille soit juive non pratiquante, Bloch déclare ne tirer « ni orgueil, ni honte » de sa judéité et ne la revendiquer « que dans un cas : en face d'un antisémite ». Sa petite-fille Suzette Bloch, coautrice de la BD « Marc Bloch, l'historien combattant » (Tallandier), précise : « Il a connu l'affaire Dreyfus jeune, il a subi des persécutions antisémites mais il était profondément laïque. C'est une famille juive qui a été émancipée par la Révolution française, qui porte les valeurs de la République avant tout et Marc Bloch a toujours refusé l'essentialisation par la religion. »



