À Loudéac, la main-d'œuvre roumaine, indispensable à l'industrie agroalimentaire
Loudéac : la main-d'œuvre roumaine, indispensable à l'agroalimentaire

Dans les abattoirs et les usines de transformation de viande de Loudéac, en Bretagne, les salariés roumains représentent désormais une part considérable de la main-d'œuvre. Selon les dirigeants d'entreprises locales, sans eux, la production s'arrêterait. Ce constat, dressé par de nombreux acteurs économiques, met en lumière une dépendance croissante à une main-d'œuvre venue de l'Est, souvent dans des conditions de travail difficiles.

Un recours massif aux travailleurs roumains

À Loudéac, ville de 10 000 habitants, l'industrie agroalimentaire est le principal employeur. Les entreprises comme les abattoirs de porcs ou les ateliers de découpe de viande peinent à recruter localement. Pour pallier ce manque, elles font appel à des agences d'intérim qui recrutent directement en Roumanie. Ainsi, sur les 3 000 salariés que compte le secteur, environ 1 200 sont roumains, soit 40 % de la main-d'œuvre.

Ces travailleurs sont souvent logés dans des foyers ou des mobile homes, mis à disposition par les employeurs. Leur salaire, bien que conforme au minimum légal français, est nettement supérieur à ce qu'ils pourraient gagner dans leur pays d'origine. Pour beaucoup, c'est une opportunité économique, mais aussi un sacrifice, car ils laissent leur famille derrière eux.

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Une dépendance assumée mais fragile

Les dirigeants d'entreprises reconnaissent volontiers cette dépendance. « Sans eux, on ne pourrait pas tourner », affirme Jean-Yves Le Goff, directeur d'un abattoir local. « Les Français ne veulent plus faire ces métiers, c'est trop dur physiquement et les horaires sont contraignants. » Cette déclaration illustre un phénomène plus large : dans de nombreuses régions rurales, l'industrie agroalimentaire repose sur une main-d'œuvre immigrée, souvent d'Europe de l'Est.

Cependant, cette situation est fragile. Les travailleurs roumains sont parfois victimes de conditions de logement précaires et de relations de travail déséquilibrées. De plus, la concurrence entre pays européens pour attirer cette main-d'œuvre s'intensifie, et certains pays comme l'Allemagne offrent des salaires plus élevés. Les entreprises de Loudéac doivent donc redoubler d'efforts pour fidéliser ces salariés.

Des conditions de vie souvent difficiles

Le reportage du journal Le Monde, publié dans le cadre de sa série d'été, s'est intéressé aux conditions de vie de ces travailleurs. Beaucoup vivent dans des logements exigus, parfois à plusieurs par chambre. Les journées de travail commencent tôt, souvent à 5 heures du matin, et les cadences sont élevées. Certains témoignent de la difficulté de vivre loin de leur famille, avec des retours au pays seulement quelques fois par an.

Malgré tout, la plupart disent préférer cette situation à celle qu'ils connaissaient en Roumanie, où les salaires sont beaucoup plus bas. « Ici, je gagne trois fois plus qu'à Iași », explique un ouvrier. « C'est dur, mais c'est un choix. » Ce choix est souvent contraint par la situation économique de leur pays d'origine, où le chômage et les bas salaires poussent à l'exil.

Un avenir incertain pour l'industrie locale

Les entreprises de Loudéac s'inquiètent de l'avenir. La pandémie de Covid-19 a montré leur vulnérabilité : lorsque les frontières ont été fermées, de nombreux travailleurs roumains sont restés bloqués dans leur pays, et certaines usines ont dû ralentir leur production. Depuis, les recrutements sont devenus plus compliqués, car les travailleurs hésitent à revenir en raison des conditions sanitaires et des restrictions de déplacement.

Pour l'instant, l'activité a repris, mais les employeurs savent qu'ils ne peuvent pas compter éternellement sur cette main-d'œuvre. Certains envisagent de mécaniser davantage leurs chaînes de production, mais cela demande des investissements importants. D'autres misent sur une meilleure intégration des travailleurs étrangers, avec des cours de français et des aides au logement.

En attendant, la ville de Loudéac vit au rythme de cette main-d'œuvre roumaine. Les commerces locaux se sont adaptés, certains proposent des produits roumains, et une église orthodoxe a même été aménagée. Une intégration qui se fait progressivement, mais qui reste fragile, comme en témoigne le turnover important dans certaines entreprises.

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Un phénomène qui dépasse Loudéac

Cette situation n'est pas propre à Loudéac. Dans toute la Bretagne, et plus largement en France, l'industrie agroalimentaire repose en grande partie sur des travailleurs détachés ou immigrés. Selon les statistiques, près de 30 % des salariés des abattoirs en France sont des travailleurs étrangers, principalement roumains et polonais. Ce phénomène soulève des questions sur les conditions de travail et la protection sociale de ces employés.

Les syndicats dénoncent régulièrement les abus, comme le non-respect des heures supplémentaires ou les conditions de logement indignes. Les pouvoirs publics, de leur côté, multiplient les contrôles, mais les moyens sont limités. Pour les travailleurs roumains, la barrière de la langue et la méconnaissance de leurs droits rendent difficile toute démarche.

Malgré ces difficultés, la main-d'œuvre roumaine reste indispensable à la survie de l'industrie agroalimentaire française. Sans elle, de nombreuses usines devraient fermer, entraînant des pertes d'emplois indirectes et une désertification des zones rurales. Un paradoxe pour un pays qui affiche un taux de chômage élevé, mais où les métiers pénibles sont délaissés par les travailleurs locaux.