L'intelligence artificielle, moteur d'une nouvelle politique monétaire américaine
Le futur président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, développe une thèse économique audacieuse : le déploiement massif de l'intelligence artificielle (IA) va générer des gains de productivité substantiels, entraînant un recul de l'inflation et permettant ainsi à la banque centrale américaine de baisser ses taux d'intérêt. Actuellement, le taux directeur des Fed Funds se situe à 3,5 %.
Un scénario qui satisfait à la fois la Maison Blanche et les marchés
Si cette séquence se concrétise, Kevin Warsh pourrait répondre aux exigences du président américain Donald Trump – qui réclame des taux d'intérêt très bas autour de 1 % – tout en préservant la crédibilité institutionnelle de la Réserve fédérale. Cette approche éviterait l'écueil d'une politique monétaire perçue comme trop accommodante pour des raisons purement politiques.
Les indicateurs économiques actuels confirment-ils cette tendance ?
Les données récentes montrent effectivement des signaux encourageants. Les gains de productivité sont devenus significatifs avec une croissance du PIB annualisée de 3,8 % au deuxième trimestre 2025, 4,4 % au troisième trimestre, et 1,4 % au quatrième trimestre. Après correction des effets du « shutdown » gouvernemental, le quatrième trimestre affiche une croissance de 2,4 %.
Depuis le début de l'année 2025, la création d'emplois a progressé lentement à un rythme moyen de 6 000 postes par mois, soit une augmentation inférieure à 0,1 %. La productivité par tête a quant à elle accéléré à un rythme annuel supérieur à 3 % entre le deuxième et le quatrième trimestre 2025.
L'inflation en net recul grâce aux gains de productivité
Les salaires augmentent actuellement de 3,7 % par an aux États-Unis, mais le coût salarial unitaire ne progresse que de 0,5 % annuellement, ce qui contribue directement au recul de l'inflation. L'inflation hors énergie et alimentation a augmenté de 2,5 % sur un an entre février 2025 et février 2026, contre une hausse de 3,3 % sur un an en janvier 2025.
L'IA, principal facteur explicatif de cette transformation économique
Les créations d'emplois en 2025 ont été particulièrement faibles dans des secteurs directement impactés par l'IA : production de biens, commerce de gros et de détail, transports et logistique, technologies de l'information, services professionnels et services financiers. À l'inverse, l'emploi dans l'Éducation et la Santé – secteurs moins affectés par l'automatisation intelligente – a continué sa croissance rapide.
Cette divergence sectorielle suggère fortement que le déploiement de l'intelligence artificielle contribue significativement aux gains de productivité observés.
Perspectives de baisse des taux d'intérêt
Le recul de l'inflation, attribuable en partie à l'IA, ouvre la voie à une baisse des taux d'intérêt par la Réserve fédérale. Si les intervenants des marchés financiers n'anticipent pas encore de diminution du taux des Fed Funds, une baisse significative pourrait survenir une fois la guerre au Moyen-Orient terminée.
Les défis sociaux de la transition vers l'IA
L'introduction massive de l'intelligence artificielle présente néanmoins des inconvénients notables : déformation de la structure des emplois vers des postes moins qualifiés, faiblesse des créations nettes d'emplois, difficultés accrues d'insertion professionnelle pour les jeunes, et nécessité d'investissements colossaux difficiles à rentabiliser à court terme.
Un équilibre macroéconomique préservé
Malgré ces défis, du point de vue de l'équilibre macroéconomique, l'IA permet de réduire l'inflation et de créer les conditions d'une baisse des taux d'intérêt. Cette baisse, justifiée par des fondamentaux économiques solides, ne compromettrait pas la crédibilité de la Réserve fédérale, contrairement à une décision motivée uniquement par des considérations politiques de stimulation de la croissance ou de soutien aux marchés actions.
On peut ainsi anticiper un effet d'entraînement à la baisse sur les taux d'intérêt à long terme, alors qu'une perte de crédibilité de la banque centrale aurait provoqué leur hausse en compensation d'une inflation plus forte.
L'IA comme unique explication du recul inflationniste
Aucun autre mécanisme économique ne semble pouvoir expliquer le recul de l'inflation dans le contexte américain actuel. Le taux de chômage reste historiquement bas (4,4 % en février 2026 contre 4 % en janvier 2025), ce qui maintient des hausses salariales soutenues. Parallèlement, la dépréciation du dollar et l'augmentation des droits de douane exercent des pressions inflationnistes.
Seuls les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle semblent pouvoir contrebalancer ces forces inflationnistes, confirmant ainsi la thèse défendue par le futur président de la Réserve fédérale.
Patrick Artus est conseiller économique d'Ossiam et membre du Cercle des Économistes.



