Les Saisons de la liberté : un appel à ne pas sombrer dans l'hiver de la liberté
Les Saisons de la liberté : un appel à résister

Il y a des livres que l’on referme en se disant : « Je le savais. » Et parfois la petite voix, plus timidement, poursuit : « Pourquoi alors n’avoir rien fait ? » Président de l’Institut Coppet – ce think tank libéral qui porte le nom du château où Germaine Necker, dite Mme de Staël, réunissait les esprits libres de l’Europe –, l’essayiste Mathieu Laine pratique depuis des années un sport de combat : faire entendre haut et fort cette petite voix. On se souvient de La Grande Nurserie (JC Lattès, 2006), essai bref et visionnaire dénonçant l’État nounou d’une France endormie incapable de refaire le pari de la responsabilité.

Métaphore ancienne

Vingt ans plus tard, le constat s’est aggravé, Laine élargit le spectre. C’est désormais la civilisation entière qui abandonne ce qu’elle a de plus précieux : la liberté. La métaphore des saisons est ancienne, et superbe. La liberté naît au printemps dans la douleur et le sang. Puis vient l’été, glorieux et ingrat : on s’y habitue, on la croit éternelle. On lui préfère d’autres – belles – causes : l’égalité (glissant parfois vers l’égalitarisme), la fraternité, l’écologie, la sensibilité des minorités. On détourne le regard. À l’automne, des « hommes forts » promettent de tout régler en « brandissant souvent l’étendard de la liberté » pour « asseoir leur pouvoir au nom de la sécurité ». Et puis… « ce sont les yeux ouverts que nous marchons vers l’hiver de la liberté. Nous n’y sommes pas encore mais nous nous y rendons, docilement, presque sans résister ».

Sourcier

Douche froide – douloureuse, mais revigorante. Car plus que prophète du déclin, Laine se veut sourcier. Il ne juge ni ne gémit, il cherche, rassemble, convoque sa « compagnie de voyants », de Camus à Hugo en passant par Yourcenar, le Caravage, Picasso…, et surtout Montaigne et Zweig, à qui le livre est dédié. Car ils « ont su lire leur temps autant que le nôtre » dit l’épigraphe, qui n’a rien d’un ornement et tout d’un programme. Comme sa bande-son : un album classique du même nom, Les Saisons de la liberté (Warner Classics), composé par Karol Beffa, accessible sur toutes les plateformes.

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L’hiver à nos trousses

Beau liseur, beau styliste, Laine n’en garde pas moins les yeux rivés sur le réel. Les indices internationaux sont formels : la liberté recule partout, et pas seulement dans le fracas des révolutions, mais aussi dans le glissement silencieux des mœurs et des habitudes mentales. L’ennemi n’est pas toujours en uniforme. Il campe parfois dans les esprits, dans le consentement paresseux de nos « Je le savais ! », dans notre conviction que le pire n’arrivera pas parce qu’il n’est pas encore arrivé. Laine, lui, y croit : l’hiver est à nos trousses, mais le printemps reste en tête. Tous derrière et lui, devant. « Les Saisons de la liberté », de Mathieu Laine (Grasset, 208 p., 22 €).

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