Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé sa démission ce lundi 22 juin 2026, devant le 10 Downing Street à Londres. « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du parti travailliste », a-t-il déclaré, la voix étranglée par les larmes. Il a précisé qu’il resterait en poste jusqu’à ce que son successeur à la tête du Labour soit choisi. Cette décision, prophétisée depuis plusieurs semaines par les médias britanniques, parachève deux années cahotantes au 10 Downing Street.
Juillet 2024 : une victoire écrasante aux législatives
Arrivé au pouvoir en juillet 2024, Keir Starmer hérite d’un pays essoufflé après six Premiers ministres en dix ans et quatorze années de gouvernements conservateurs. Le Labour remporte 412 sièges sur 650, une victoire écrasante qui laisse les Tories avec leur score le plus faible depuis un siècle. Les attentes sont immenses : les travaillistes promettent de reconstruire et de rendre sa stabilité à un Royaume-Uni « cassé ».
L’affaire Mandelson : une nomination controversée
Parmi les erreurs ayant entaché le bilan de Starmer, la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington en 2024 figure en bonne place. Mandelson est démis de ses fonctions au bout de neuf mois, après la révélation de documents liés à l’affaire Epstein, montrant une proximité avec le pédocriminel. Starmer est accusé d’avoir nommé Mandelson en connaissance de cause. Le Premier ministre reconnaît une erreur, affirmant que Mandelson lui a « menti de façon répétée » sur sa relation avec Epstein. En avril 2026, The Guardian révèle que le ministère des Affaires étrangères avait accordé à Mandelson une habilitation de sécurité malgré un avis défavorable. Cet épisode fragilise gravement Starmer au sein même de son parti.
Des échecs électoraux cuisants
Les élections locales de mai 2026 se soldent par un échec retentissant pour les travaillistes. Le Labour perd plus de 1 000 sièges, dont des bastions historiques comme Tameside. Starmer reconnaît sa part de responsabilité mais ne laisse pas entendre qu’il démissionnerait, promettant au contraire d’accélérer la mise en œuvre de son programme.
L’extrême droite et les Verts en embuscade
Reform UK, le parti d’extrême droite de Nigel Farage, triomphe lors de ces élections locales, remportant près de 1 500 sièges. Le parti séduit particulièrement les électeurs des territoires ayant soutenu le Brexit en 2016. Reform UK critique l’incapacité du gouvernement à réduire les arrivées de migrants via la Manche – 41 000 arrivées en 2025, contre un record de 45 774 en 2022, selon le ministère de l’Intérieur. Selon Yougov, Reform UK est en tête des sondages avec 26 % d’intentions de vote, tandis que les travaillistes sont relégués à la troisième place avec 18 %. À l’annonce de la démission de Starmer, Nigel Farage a immédiatement appelé à de nouvelles élections législatives.
Sur sa gauche, le Labour doit faire face à la pression des Verts, menés par Zack Polanski. La formation a triplé ses adhésions depuis 2025, dépassant les 200 000 adhérents selon Huffpost UK. En février 2026, les Verts s’imposent dans une circonscription fief du Labour depuis 1931, au sud de Manchester, reléguant le parti de Starmer à la troisième place.
Défiance interne et brouille internationale
Depuis six mois, Starmer voit ses alliés lui tourner le dos. Au lendemain du scandale Mandelson, le chef du parti travailliste écossais Anas Sarwar appelle à sa démission. Au printemps, une poignée de ministres quitte le gouvernement. Quarante-huit heures avant sa démission, une centaine de députés Labour l’appelaient à quitter ses fonctions.
Les deux années de Starmer sont aussi marquées par une défiance grandissante avec les États-Unis. Après une relation privilégiée avec Donald Trump au début de son second mandat – avec des droits de douane limités à 10 % –, leur relation se détériore lors du lancement de la guerre au Moyen-Orient en février 2026. Trump moque Starmer : « Ce n’est pas à Winston Churchill que nous avons affaire », avant d’obliger le gouvernement britannique à suspendre un accord prévoyant le retour des îles Chagos à l’île Maurice.
Andy Burnham, le grand favori pour la succession
Dernier coup porté à Starmer : la victoire d’Andy Burnham, maire du Grand Manchester, lors de l’élection partielle de Makerfield le 18 juin, face à un candidat de Reform UK. Surnommé le « Roi du Nord », Burnham est la personnalité politique préférée des Britanniques selon Yougov. Sa victoire lui ouvre la voie pour prendre la direction du Labour, après deux échecs en 2010 et 2015. Burnham a déclaré sur X que la décision de Starmer « marque le début d’une transition » et qu’il se « porte candidat ». Il devra probablement affronter l’ancienne vice-Première ministre Angela Rayner, mais pourra compter sur le soutien de Wes Streeting, ancien ministre de la Santé, qui s’est rallié à lui.



