L'Italie fait marche arrière, la France s'entête dans la taxe sur les petits colis chinois
L'Italie jette l'éponge après avoir été un pionnier de la taxation des petits colis en provenance de Chine. Rome reconnaît l'échec de cette mesure, qui n'a pas généré les recettes espérées ni régulé le marché comme prévu. Pendant ce temps, en France, les signaux indiquent une volonté de persister dans cette voie, malgré les leçons évidentes tirées de l'expérience italienne. Cette obstination illustre une tendance française à approfondir les politiques publiques inefficaces plutôt que d'en tirer des conclusions, comme si admettre une erreur était politiquement plus coûteux que d'en subir les conséquences économiques.
Les effets invisibles d'une taxe mal conçue
Le problème de cette taxe était parfaitement prévisible, comme l'expliquait déjà Frédéric Bastiat dans son œuvre Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas (1850). Il met en garde contre l'illusion de juger une politique uniquement sur ses effets visibles et immédiats. Ici, ce qu'on voit, c'est une taxe censée rétablir l'équité avec les commerçants français et rapporter des centaines de millions d'euros à l'État. Mais ce qu'on ne voit pas, ce sont les conséquences indirectes et diffusées, pourtant bien réelles.
Détournement des flux logistiques et pertes économiques
Les flux logistiques ne disparaissent pas ; ils se déplacent. La taxe sur les petits colis n'a pas freiné les grandes plateformes internationales, mais a simplement détourné les flux vers d'autres points d'entrée en Europe, comme les hubs du Benelux. En France, les effets ont été spectaculaires : environ 50 vols hebdomadaires ont quitté l'aéroport de Roissy, et les déclarations douanières de petits colis à Charles de Gaulle ont chuté de 92 % dès le 3 mars. Résultat : moins d'activité logistique sur le territoire français, moins d'emplois et moins de valeur créée localement.
L'État ne collecte pas les impôts promis, avec des recettes estimées à 500 millions d'euros qui relèvent désormais de la fiction budgétaire. En taxant un flux mobile, on a oublié que ce qui peut partir part, érodant la base fiscale et laissant le déficit intact.
Répercussions sur les consommateurs et triple appauvrissement
Cette taxe est, en fin de compte, payée par les consommateurs, car il n'existe pas d'impôt magique. Les plateformes répercutent les coûts, augmentant les prix, et ce sont les ménages, notamment les plus modestes, qui supportent la charge. Ainsi, cette taxe appauvrit la France à trois niveaux :
- Elle appauvrit les finances publiques en ne générant pas les recettes promises.
- Elle appauvrit l'économie réelle en détournant des flux, des emplois et de la valeur vers l'étranger.
- Elle appauvrit les consommateurs, contraints de payer plus cher pour les mêmes produits.
Cette triple peine contredit l'objectif affiché de protection économique.
Une logique protectionniste au détriment de l'intérêt commun
Le cœur du problème réside dans le fait que cette taxe ne vise pas à améliorer le sort des consommateurs, mais à protéger certains producteurs. Elle s'inscrit dans une logique ancienne, profondément ancrée dans la culture économique française, qui privilégie les intérêts visibles et organisés des secteurs établis au détriment de l'intérêt diffus et silencieux des consommateurs. La pensée libérale rappelle que le consommateur, en tant que représentant de l'intérêt commun, devrait être le juge de paix des politiques économiques, et non les groupes d'intérêt particuliers.
Protéger artificiellement certains acteurs en renchérissant les prix ou limitant l'accès aux biens ne défend pas l'économie nationale ; cela organise un transfert de richesse des consommateurs vers des producteurs, souvent au détriment de l'innovation et de la compétitivité.
Conclusion : la nécessité d'une prise de conscience
En persistant dans la voie de la taxe sur les petits colis, la France ne protège pas son économie ; elle s'enferme dans une illusion. L'Italie a su corriger le tir en abandonnant cette mesure inefficace. Il est temps que la France, pour une fois, accepte de voir ce qu'elle ne veut pas voir et tire les leçons de cet échec prévisible pour éviter un appauvrissement généralisé.



