Grand Prix de France au Castellet : 100 M€ d'argent public mal gérés selon la CRC
Grand Prix de France : 100 M€ d'argent public mal gérés

La chambre régionale des comptes (CRC) de Provence-Alpes-Côte d'Azur a rendu public, ce mercredi 24 juin 2026, un rapport accablant sur la gestion du groupement d'intérêt public (GIP) Grand Prix de France-Le Castellet entre 2017 et 2023. Plus de 100 millions d'euros d'argent public ont été dépensés pour organiser quatre épreuves de Formule 1 dans le Var, sans que les retombées économiques soient avérées.

Un modèle économique structurellement déficitaire

Le rapport de la CRC pointe un modèle économique « structurellement déficitaire », plombé notamment par les redevances versées au groupe britannique détenteur des droits d'exploitation et des droits commerciaux de la Formule 1. Plus de 75 millions d'euros ont été versés sur l'ensemble de la période. Les contrats signés avec cette société prévoyaient qu'elle capte l'essentiel des recettes générées par le Grand Prix (droits commerciaux, retransmission télé, etc.), le GIP ne conservant que les recettes de billetterie.

La fréquentation, bien qu'au rendez-vous malgré d'énormes difficultés d'accès au site, n'a pas permis d'équilibrer le budget. La crise du Covid a aggravé la situation. Finalement, près de la moitié des ressources du GIP ont été supportées par les contribuables, qui ont également dû éponger ses dettes : 35 millions d'euros selon un dernier décompte.

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Mauvaise gestion et opacité

Les contrôleurs de la CRC s'étonnent également du financement à hauteur d'un demi-million de dollars d'une étude pour la réalisation d'une course de F1 à Nice, alors que le GIP n'avait d'autre vocation que de favoriser le retour du Grand Prix de France au Castellet. Dans sa réponse au rapport, Christian Estrosi, ancien patron du GIP, révèle que cette somme a finalement été réglée en 2025 par la Métropole Nice-Côte d'Azur qu'il présidait lorsqu'il était maire de Nice.

À la gabegie financière, alimentée par des frais et des salaires généreux, s'ajoute une forme d'opacité dans la gouvernance du GIP, au détriment de ses administrateurs : le conseil départemental du Var, la Métropole Toulon-Provence-Méditerranée et la communauté d'agglomération Sud-Sainte Baume ont déjà injecté à eux trois plus de vingt millions d'euros.

Marchés publics irréguliers

Les magistrats de la CRC ont mis en évidence des irrégularités (défaut de mise en concurrence) dans la passation d'une dizaine de marchés publics, alors que la gestion du GIP fait l'objet d'une enquête judiciaire. Dans sa réponse, Christian Estrosi prend soin de souligner qu'il n'avait pas de fonction exécutive au sein du GIP. L'ancien maire de Nice – et toujours président délégué de la Région – soutient que « le Grand Prix a bien contribué au rayonnement du territoire et à l'attractivité touristique, notamment en termes d'image et de visibilité internationale ». Il reste convaincu de « la pertinence du Castellet comme site privilégié pour un éventuel retour de la Formule 1 en France. Cependant, un tel projet ne saurait être envisagé sans un engagement financier clair de l'État. »

Le président du Var saisit la justice

De son côté, Jean-Louis Masson, président du conseil départemental du Var, a écrit à la chambre régionale des comptes pour rappeler qu'un signalement au procureur de la République a été effectué sous son impulsion dès 2023. « Je produirai donc également votre rapport définitif et considère que votre organisme est également en droit de le faire », a-t-il déclaré. Le rapport de la CRC confirme ainsi une mauvaise gestion des deniers publics et des irrégularités, et le président du Var entend transmettre cet audit à la justice.

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