Les distributeurs boycottent les négociations commerciales après les déclarations de la ministre
Distributeurs boycottent négociations après déclarations ministérielles

Les distributeurs boycottent les négociations commerciales après les déclarations de la ministre

Les grandes enseignes de distribution ont annoncé lundi leur boycott du comité de suivi des négociations commerciales, qui doivent s'achever dans deux semaines. Cette décision fait suite à des déclarations jugées "caricaturales" de la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, qui a accusé la grande distribution d'exercer un "chantage mortifère" sur les industriels de l'agroalimentaire.

Un climat tendu malgré les efforts d'apaisement

Les négociations annuelles, démarrées le 1er décembre et prévues jusqu'au 1er mars, déterminent les tarifs en rayon pour l'année à venir. Afin d'assurer un climat plus serein, les parties prenantes avaient signé fin novembre une charte de bonne conduite "inédite" à l'initiative des ministères de l'Agriculture et du Commerce. Cependant, cette initiative n'a pas empêché les tensions traditionnelles de ressurgir.

Dans une interview au Parisien, Annie Genevard a déclaré : "Les exigences de la grande distribution, en termes de tarifs, sont incompatibles avec les demandes des industriels. À l'arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer." La ministre a également évoqué des menaces de déréférencement de certaines marques, qualifiant ces pratiques de chantage mortifère pour l'industrie agroalimentaire.

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La réponse ferme des distributeurs

La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) a réagi vivement à ces accusations. Dans un courrier adressé à la ministre et consulté par l'AFP, la FCD estime que "ces propos rompent avec la méthode de travail fondée sur la confiance et le respect mutuel" prévue par la charte. Les dirigeants des principales enseignes (Leclerc, Carrefour, Intermarché, U et Auchan) ont signé cette lettre.

La FCD affirme que la volonté de dialogue n'est pas partagée et que les conditions minimales d'un échange respectueux ne sont pas réunies. En conséquence, les distributeurs annoncent leur refus de participer aux comités de suivi des négociations commerciales, dont celui prévu mardi à Bercy en présence d'Annie Genevard.

Les arguments des distributeurs

Les distributeurs défendent leur position en mettant en avant plusieurs points :

  • De nombreux coûts sont orientés à la baisse, notamment les matières premières agricoles (blé tendre et blé dur, pommes de terre, café, sucre, cacao) et industrielles (énergie)
  • Ces baisses doivent se refléter dans les négociations en cours pour bénéficier aux consommateurs français, durement éprouvés par deux années de forte inflation
  • Désigner la distribution comme responsable de tous les déséquilibres à l'approche du Salon de l'Agriculture relève d'une politique de diversion

Les réactions des acteurs du secteur

Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a réagi sur Public Sénat en déclarant que la ministre "ne peut être que pour la corporation qu'elle défend". Il pointe plutôt le manque de transparence des grandes multinationales de l'agro-industrie.

Concernant les retraits de rayons, Michel-Edouard Leclerc affirme qu'actuellement, ce sont les industriels qui ne livrent pas, citant notamment le chocolatier suisse Lindt avec lequel les négociations sont particulièrement difficiles. Il défend également le recours aux centrales d'achat européennes pour faire face aux géants comme Unilever ou Nestlé.

Le contexte réglementaire et les sanctions

La ministre Genevard a promis de travailler sur l'évolution du droit européen avec le ministre des PME et du Commerce, Serge Papin, et d'échanger sur le sujet avec les commissaires européens lors du Salon de l'Agriculture (21 février-1er mars).

Parallèlement, la Répression des fraudes a infligé lundi une amende de plus de 33 millions d'euros à Eurelec, la centrale d'achat européenne d'E.Leclerc, pour non-respect de la date butoir pour certains contrats en 2025.

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Malgré le boycott annoncé, Bercy a précisé que le comité de suivi serait maintenu mardi à 10 heures, sans faire davantage de commentaires sur la situation. Les négociations commerciales, qui opposent distributeurs en quête de prix compétitifs et industriels invoquant leurs coûts de production, continuent d'être accusées de tirer vers le bas les revenus des agriculteurs malgré leur encadrement par les lois Egalim.