Un déficit public en légère baisse, mais une situation économique préoccupante
Le Premier ministre Sébastien Lecornu s'est félicité sur le réseau social X de la réduction du déficit public français, annoncé à 5,1% du PIB pour l'année 2025, contre 5,4% initialement prévu. Dans un message empreint d'autosatisfaction, il a salué une ligne de conduite fondée sur le sérieux, la stabilité et la maîtrise des comptes publics.
Des chiffres qui masquent une réalité moins reluisante
Cette légère amélioration ne doit pas occulter plusieurs éléments inquiétants. Tout d'abord, le déficit français reste bien supérieur à la moyenne de la zone euro, qui s'établit autour de 3,2%. Ensuite, la réduction observée en 2025 résulte principalement d'une augmentation des recettes fiscales, avec un taux de prélèvements obligatoires atteignant le record mondial de 43,6% du PIB, contre 42,8% en 2024.
Parallèlement, les dépenses publiques ont continué leur progression pour atteindre 57,2% du PIB, un autre record mondial. La dette publique a quant à elle gonflé de 154,4 milliards d'euros en 2025, s'établissant à 3 460,5 milliards d'euros fin décembre, soit 115,6% du PIB, contre 112,6% fin 2024.
Le contexte géopolitique aggrave les risques économiques
La situation budgétaire déjà fragile de la France risque de se détériorer davantage en raison du conflit au Moyen-Orient. La Banque de France envisage un scénario très défavorable mais réaliste, avec un blocage durable du détroit d'Ormuz et des infrastructures pétrolières et gazières endommagées. Ce scénario pourrait se traduire par une croissance économique limitée à 0,3% et une chute des recettes fiscales.
Du côté des dépenses, le gouvernement doit faire face aux demandes pressantes des partis d'opposition réclamant des aides financières d'urgence pour les automobilistes, des mesures potentiellement coûteuses et démagogiques.
La menace d'une hausse des taux d'intérêt
L'objectif d'un déficit de 5% en 2026 semble s'éloigner, d'autant que la remontée violente des taux d'intérêt va alourdir la charge de la dette. Le taux de l'obligation assimilable du Trésor à dix ans atteint actuellement 3,88%, son plus haut niveau depuis quinze ans.
Contrairement aux périodes de crise géopolitique précédentes, où les grands investisseurs internationaux achetaient massivement des emprunts d'État considérés comme des valeurs refuges, cette tendance ne se confirme pas aujourd'hui. Les investisseurs craignent que les banques centrales resserrent leur politique monétaire pour éviter que la hausse des cours des hydrocarbures ne se propage à l'ensemble des prix à la consommation.
La BCE face à un dilemme complexe
Ce scénario est particulièrement envisagé du côté de la Banque centrale européenne, car l'Europe importe massivement du pétrole et du gaz, contrairement aux États-Unis. De plus, l'euro s'affaiblit face au dollar, perçu comme la monnaie de l'hyperpuissance militaire mondiale, ce qui renchérit notre facture énergétique. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a le doigt sur la gâchette des taux directeurs.
Les leçons des chocs pétroliers des années 1970
Face aux deux chocs pétroliers des années 1970, les pays occidentaux avaient d'abord tenté d'appliquer une thérapie keynésienne avec des politiques monétaires et budgétaires expansionnistes. Cette approche échoua totalement et ne fit qu'aggraver la situation en attisant la flambée des prix.
Il fallut attendre fin 1979 et l'arrivée de Paul Volcker à la tête de la Réserve fédérale américaine pour guérir l'économie de la stagflation grâce à un traitement monétaire de choc. Le taux principal des fed funds fut relevé de 11 à 20%, provoquant une sévère récession mais permettant de ramener l'inflation de 14,8% en mars 1980 à 2,6% en juin 1983. Un remède de cheval qui, dans le contexte actuel, suscite de vives inquiétudes.



