Dette publique française : l'économiste Anthony Morlet-Lavidalie alerte sur un mur inévitable
Dette française : l'alerte d'un économiste sur un mur inévitable

Dette publique française : l'économiste Anthony Morlet-Lavidalie alerte sur un mur inévitable

Alors que le gouvernement cherche des solutions face au mécontentement lié aux prix des carburants, Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, publie une analyse sans concession sur l'état des finances publiques françaises. Dans sa note intitulée France : dette publique indomptable et spectre d'insoutenabilité, il met en garde contre l'aveuglement des politiques et l'absence de solutions à l'horizon.

Un risque sous-estimé qui conduit droit vers un mur

Le Point : Le spectre de la crise de la dette est régulièrement évoqué depuis des années sans jamais se matérialiser. Ce scénario est-il vraiment plausible ?

Anthony Morlet-Lavidalie : Le premier drame est là : à force d'avoir crié au loup, plus personne ne croit au risque. Cela fausse complètement le débat public. À très court terme, le risque de faillite est effectivement faible. Les hommes politiques le savent et jouent de manière abusive avec cette petite marge de manœuvre qui nous reste.

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Mais nous sommes installés sur une trajectoire clairement non soutenable qui nous conduit, à moyen terme, vers une crise de la dette. Personne ne peut prédire quand cette crise surviendra – dans deux ans, dix ans ou quinze ans – mais nous savons qu'il y a un mur devant nous. Le problème est que nous fonçons vers ce mur à pleine vitesse sans changer de direction.

Les protections actuelles et les failles structurelles

Contrairement aux idées reçues, la France n'a presque pas de problème de comptes extérieurs, contrairement aux pays du sud de la zone euro lors de la dernière crise. Le patrimoine national, et particulièrement celui des ménages, reste très élevé. Notre système financier est solide et nous bénéficions du bouclier de l'euro.

Cependant, l'euro a été pervers pour les pays latins : il nous a permis d'être la cigale du système en évitant les ajustements nécessaires. Nous nous sommes comportés en passagers clandestins et nous en payons aujourd'hui le prix. Le véritable problème est interne : nos administrations publiques sont particulièrement mal gérées, avec des questions d'efficacité et de productivité qui restent des débats interdits.

L'incapacité à réduire les dépenses publiques

Pourquoi la France semble-t-elle incapable de réduire sa dépense publique ? C'est une faillite des élites économiques et politiques. Nous entretenons un déni collectif, notamment sur les retraites et la santé. Tout le monde sait ce qu'il faudrait faire, et la plupart des politiques l'admettent volontiers en privé.

Mais ils n'osent pas révéler la vérité à la population par pur calcul électoraliste, comme s'il existait une solution magique. On préfère attendre que des sanctions nous soient imposées par les marchés plutôt que de reprendre notre destin en main et de remettre progressivement de l'ordre dans nos finances publiques.

La croissance ne suffira pas

Emmanuel Macron misait sur la croissance pour désendetter le pays. Pourquoi cette stratégie a-t-elle échoué ? Malheureusement, la croissance ne se décrète pas. On peut la favoriser via des réformes structurelles, mais cela ne saurait se substituer à un effort sur la dépense, surtout au regard du niveau de déficit actuel.

Si une politique de croissance est assurément souhaitable pour alléger le coût de l'ajustement budgétaire, elle ne peut suffire à elle seule. Le redressement qui nous attend requiert des efforts substantiels, à l'image de la Suède au début des années 1990.

Le défi démographique et l'absence d'offre politique sérieuse

Le basculement démographique ne rend pas l'endettement inévitable. L'Allemagne, l'Italie ou la Corée du Sud vieillissent plus vite que nous et tiennent pourtant leurs finances. En France, on se cache derrière des facteurs exogènes pour justifier notre fuite en avant.

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Il est tout à fait possible de juguler la dette en faisant travailler les actifs plus longtemps et en étant plus judicieux sur les soins. Mais pour l'instant, il n'y a aucune offre politique sérieuse sur ce sujet. Je reste optimiste à long terme, mais pour 2027, le chemin de crête apparaît très étroit, avec des éléments de langage populistes qui prennent le dessus, y compris dans des partis censés être raisonnables.