Denis Clerc, 82 ans, soutient sa thèse sur les économistes non conformistes du XIXe siècle
Denis Clerc, 82 ans, soutient sa thèse sur les économistes non conformistes

Denis Clerc soutient sa thèse à 82 ans sur les économistes non conformistes du XIXe siècle

Le 21 mars 2025, à l'université de Lille, Denis Clerc a soutenu sa thèse de doctorat intitulée « Les économistes non conformistes en France au XIXᵉ siècle ». Cet événement académique revêt un caractère exceptionnel, car le doctorant n'est autre que le fondateur du mensuel Alternatives économiques, âgé de 82 ans et doté d'une longue carrière dans le domaine social.

Une thèse qui sort de l'oubli des penseurs prémarxistes

La thèse de Denis Clerc, remaniée et publiée aux éditions Les Petits Matins (92 pages, 27 euros), a le mérite de redonner visibilité à une dizaine de penseurs importants de la gauche prémarxiste. Ces intellectuels, souvent issus de professions variées comme le journalisme, la médecine, le droit ou la philosophie, étaient fréquemment imprégnés de christianisme.

En pleine révolution industrielle, ils se sont attelés à une réflexion alors largement négligée : comment mettre fin à la misère et aux souffrances du travail ouvrier. Leur objectif était de bâtir une organisation économique alternative centrée sur l'idée de coopérative ouvrière.

Des figures marginalisées mais influentes

Parmi ces économistes non conformistes, seuls deux noms ont traversé les siècles :

  • Jean de Sismondi (1773-1842), un Suisse qui, après avoir renié ses convictions libérales initiales, a été le premier à défendre le rôle de la puissance publique dans la régulation de l'économie.
  • Louis Blanc (1811-1882), socialiste et républicain, qui deviendra membre du gouvernement provisoire de 1848 puis député sous la IIIe République.

Les autres penseurs, tels que Pierre Leroux, Flora Tristan, Charles Dupont-White, Henri Feugueray ou Auguste Ott, ont été marginalisés et invisibilisés dans l'histoire de la gauche. Pourtant, ce sont eux qui ont planté les graines des progrès sociaux que nous connaissons depuis le XIXe siècle.

L'héritage des non-conformistes dans les avancées sociales

Denis Clerc souligne que ces économistes ont inspiré des réalisations concrètes : l'essor des coopératives, des mutuelles, des caisses de secours, ainsi que les lois de protection sociale et la réduction du temps de travail. « Un siècle après, la plupart de leurs préconisations étaient réalisées ou en voie de l'être, avec la Sécurité sociale », constate-t-il.

Ces précurseurs ont également eu des héritiers importants, parmi lesquels Charles Gide, Léon Walras, Jean Jaurès et Marcel Mauss, qui ont poursuivi leur réflexion sur l'organisation économique et sociale.

La soutenance de thèse de Denis Clerc, à un âge avancé, symbolise la persistance de l'engagement intellectuel et la redécouverte nécessaire de penseurs qui ont façonné les fondements de notre protection sociale moderne.