Les mouettes survolent le « Notre-Dame de Boulogne » en piaillant ce jeudi matin de mai. Un long week-end s’annonce. Le chalutier d’Alexandre Fournier reste à quai, pour quatre jours, à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), le plus grand port de pêche de France. « D’habitude, on s’en fout des jours fériés, on prend la mer quand même. Mais là, on ne va repartir que lundi, si le temps nous le permet », maugrée le pêcheur.
Depuis le début de l’année, il subit, comme toute la filière du poisson, une crise multifactorielle, aggravée par le conflit dans le golfe arabo-persique. Il vit « au jour le jour », gardant un œil sur les comptes. Pour trois jours en mer cette semaine, son bateau a consommé 7 200 litres de carburant. Il a déboursé près de 8 000 euros de gazole. « Avant la guerre en Iran, on était à 60 ou 70 centimes le litre, et même à 36 centimes en 2020. Là, on est à 1,10 euro, c’est infernal », s'alarme Alexandre Fournier.
Cette explosion du prix du gazole n'est pas le seul problème. Les quotas de maquereaux ont été réduits, ce qui limite les prises et donc les revenus. Parallèlement, la consommation de poisson est en recul, impactant les mareyeurs et les professionnels du secteur. À Boulogne-sur-Mer, c'est toute une économie qui tremble. Les marins peinent à joindre les deux bouts, certains envisagent de vendre leur bateau. Les mareyeurs, eux, voient leurs marges fondre et redoutent des faillites en cascade.
Les professionnels réclament des aides d'urgence, comme une baisse de la TVA sur le carburant ou des subventions pour compenser la hausse des coûts. Mais pour l'instant, les réponses gouvernementales se font attendre. En attendant, les bateaux restent à quai, et les mouettes continuent de survoler un port en crise.



