Michel Créchet : des perspectives financières inquiétantes pour Lunel
Michel Créchet, adjoint aux finances sortant de la ville de Lunel, tire la sonnette d'alarme sur la situation budgétaire de la commune. Dans un entretien accordé à Midi Libre, il analyse les défis à venir et les solutions proposées par la nouvelle municipalité.
Un état des lieux contrasté
Après six ans à la tête des finances municipales, Michel Créchet reconnaît que l'épargne de la commune, actuellement d'environ 1 million d'euros, n'est pas trop dégradée. Cependant, il exprime de vives inquiétudes pour le long terme, en s'appuyant sur un document de prospective réalisé avant son départ, en collaboration avec la direction des finances publiques. Selon lui, à partir de 2027, les perspectives deviennent très préoccupantes en raison de l'accord passé entre la Ville et Lunel Agglo concernant le transfert des charges de la nouvelle piscine.
Le poids insoutenable de la piscine
L'accord prévoit que la Ville verse entre 650 000 et 730 000 euros par an à l'Agglo au titre de la compensation des charges de fonctionnement du futur complexe nautique. Michel Créchet qualifie ce montant de « non soutenable financièrement par la commune ». Il conteste ce transfert depuis toujours, estimant qu'il est « injuste politiquement ». Il rappelle que la piscine était déjà intercommunale de fait, et que la ville centre en assumait seule les charges depuis 30 ans. « On ne transfère pas un équipement de Lunel puisque l'Agglo crée sa piscine. Si l'Agglo l'avait réalisée sur une autre commune, Lunel n'aurait jamais accepté ce transfert de charges », affirme-t-il.
Des conséquences alarmantes
Michel Créchet avertit que si cet accord n'est pas renégocié, l'épargne nette de la Ville sera proche de zéro en 2027. Il martèle que la Ville n'a rien à payer, d'autant que les clubs et le public devront déjà payer pour l'utilisation des lignes d'eau. Il appelle donc à une remise en cause de cet accord.
Une réorganisation nécessaire des services
Interrogé sur les premières mesures annoncées par la nouvelle maire, Paulette Gougeon, notamment une réorganisation profonde des services municipaux, Michel Créchet approuve. Il souligne que l'organisation des services et les effectifs n'ont pas évolué malgré la révolution numérique, l'intelligence artificielle et la création de l'Agglo avec des transferts de compétences importants. Il pousse même la Ville à aller plus loin : entre 2019 et 2026, malgré des réductions dans le fonctionnement des services, les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 30 % tandis que les recettes n'ont progressé que de 11 %. Il préconise un changement complet de paradigme : fusionner avec l'Agglo tous les services ayant la même finalité (RH, informatique, services techniques) et envisager des prestations communes. Selon lui, c'est la seule façon de réaliser des économies substantielles, de l'ordre de plusieurs millions d'euros, qui pourront être réparties entre les communes de l'Agglo.
Une vigilance sur les partenariats public-privé
Concernant l'objectif de la nouvelle majorité de multiplier les partenariats public-privé, Michel Créchet se montre favorable, à condition que le risque final ne soit pas supporté par la collectivité, comme ce fut le cas sur le projet du mas de Fourques. Il rappelle que les investisseurs ne viendront que s'ils ont une garantie de profitabilité sur les opérations.
La question de la dette
Enfin, sur les critiques concernant la politique de désendettement menée lors du dernier mandat, qui a privilégié le faible recours à l'emprunt malgré des taux d'intérêt bas, Michel Créchet assure que le problème de dégradation de l'épargne ne vient pas de là. Il précise que, par rapport au rapport de la chambre régionale des comptes de 2019, la Ville a dépensé 2,5 fois plus que ce qui était préconisé. L'effort massif pour le centre-ville était une priorité, et ce programme a été financé par autofinancement. Emprunter davantage n'aurait pas été significatif, selon lui. Il conclut en répétant que les arbitrages à faire pour restaurer des marges de manœuvre n'étaient pas là.



