Festival de Cannes : malaise autour de l'influence de Vincent Bolloré
Cannes : malaise autour de l'influence de Bolloré

Des inquiétudes commencent à s'exprimer sur l'influence de Vincent Bolloré sur le cinéma. Un silence éloquent a marqué le début de la projection de La Vénus électrique, le film d'ouverture du Festival de Cannes, mardi. Alors que le générique défilait, des applaudissements ont scandé l'apparition des logos des distributeurs, producteurs et financeurs, comme c'est l'usage lors des séances officielles. Mais lorsque le logo de Canal+ est apparu, la salle de 2 300 places s'est figée dans un mutisme inhabituel et embarrassé.

Un sujet qui fâche

Il y a toujours, au festival, une question qui fâche, un sujet « compliqué ». Il y a trois ans, c'était #MeToo. L'an dernier, Donald Trump était un tabou pour les studios américains. Cette année, c'est l'influence de Vincent Bolloré. Mardi, Libération a publié une pétition signée par 600 professionnels du cinéma, dont Juliette Binoche et Swann Arlaud, dénonçant « l'emprise grandissante de l'extrême droite » sur le septième art, par l'intermédiaire du milliardaire. C'est la première fois que la question émerge publiquement. Jusqu'ici, la prudence prévalait, la puissance de Vincent Bolloré étant considérable.

Des investissements massifs

Sur la période 2025-2027, Canal+, dont il est l'actionnaire de référence, s'est engagé à investir 480 millions d'euros dans le secteur. La pétition rappelle aussi que le groupe Canal « a acquis 34 % du capital d'UGC, troisième plus grand réseau de salles de cinéma ». Ces chiffres soulèvent des craintes quant à une possible mainmise sur le contenu des films.

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Réactions des professionnels

Interrogé au sujet de cette tribune, Pierre Salvadori, réalisateur de La Vénus électrique, a tempéré : « Canal+ a une obligation, encadrée, d'investir dans le cinéma. Il y a des clauses de volume, de diversité, une garantie d'indépendance. Les gens qui nous garantissent cette liberté sont les dirigeants de Canal+, Laurent Hassid et Maxime Saada. Tant que je ne me sens pas trahi et qu'ils respectent ces garanties, je suis à l'aise. Le jour où je me sentirai menacé, j'irai voir ailleurs. » Son producteur Philippe Martin a ajouté : « Mes interlocuteurs sont les mêmes que ceux que j'avais avant que Bolloré n'arrive à Canal+. Je ne sens pas un infléchissement de leurs décisions par rapport à une dimension politique. À l'heure actuelle, il n'y a pas d'intervention dans le contenu des films. »

Ces déclarations tentent de rassurer, mais le malaise persiste. Le silence de la salle lors de la projection en dit long sur les préoccupations du milieu cinématographique face à l'influence croissante de Vincent Bolloré.

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