En 2020, lors d'un déplacement dans les Bouches-du-Rhône après des incendies dévastateurs, Emmanuel Macron annonçait le renouvellement de la flotte de Canadair français. Cinq ans plus tard, cette promesse reste lettre morte. Aucun des 16 appareils commandés n'a été livré, et le programme accuse des retards considérables, entre coupes budgétaires et difficultés industrielles.
Une commande de 16 appareils, zéro livraison
La France a commandé 16 Canadair de nouvelle génération, le modèle DHC-515, auprès du constructeur canadien De Havilland Canada. Le contrat, signé en 2022, prévoyait des livraisons échelonnées à partir de 2024. Mais à ce jour, aucun avion n'a été produit. Selon un rapport de la Cour des comptes, le coût total du programme est estimé à 1,2 milliard d'euros, soit une augmentation de 20 % par rapport au budget initial.
Des coupes budgétaires en cause
Les contraintes budgétaires ont freiné le projet. En 2023, le ministère de l'Intérieur a vu son enveloppe pour la sécurité civile réduite de 15 %, ce qui a impacté les paiements aux fournisseurs. « Les crédits alloués à l'achat des Canadair ont été gelés pendant plusieurs mois, ce qui a empêché le lancement de la production en série », explique un expert de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC).
Retards industriels et problèmes techniques
Le constructeur De Havilland Canada a également rencontré des difficultés techniques. Le DHC-515 est une version modernisée du Canadair CL-415, mais sa certification européenne a pris plus de temps que prévu. « Les essais en vol ont révélé des problèmes de moteur et de système de largage d'eau, qui ont nécessité des modifications », indique un porte-parole de l'entreprise. En conséquence, la première livraison est désormais attendue pour 2026 au plus tôt.
Une flotte vieillissante et sous pression
En attendant, la flotte actuelle de 12 Canadair CL-415, mise en service dans les années 1990, continue de vieillir. En 2024, le taux de disponibilité des appareils n'était que de 60 %, selon la Sécurité civile. Cette situation inquiète les pompiers, alors que les incendies de forêt se multiplient avec le réchauffement climatique. « Nous avons besoin de ces avions pour faire face aux feux de plus en plus violents », alerte le colonel Jean-Michel, chef du service aérien de la Sécurité civile.
Un appel à accélérer le processus
Face à ces retards, plusieurs élus et associations de protection civile appellent le gouvernement à accélérer le processus. Le sénateur (LR) des Bouches-du-Rhône, Jean-Pierre Chabaud, a déposé une question écrite au ministère de l'Intérieur, demandant un calendrier précis. « Il y a urgence à renouveler notre flotte, car chaque année sans ces avions nous expose à des risques majeurs », a-t-il déclaré.
Le ministère de l'Intérieur, de son côté, assure que le programme est « une priorité » et que les obstacles sont en train d'être levés. Mais pour l'instant, la promesse de Macron reste sur le tarmac.



