Le géant pharmaceutique britannique AstraZeneca explore la possibilité d'un rapprochement avec l'américain Bristol Myers Squibb (BMS), selon des informations rapportées par Bloomberg. Cette éventuelle fusion, qui pourrait atteindre une valeur de plus de 200 milliards de dollars, illustre une tendance de fond : les grandes entreprises du secteur cherchent à grossir pour renforcer leur pouvoir de négociation et leur capacité d'innovation.
Une opération de grande envergure
D'après Bloomberg, AstraZeneca aurait approché BMS pour discuter d'une éventuelle fusion. Les discussions en seraient à un stade préliminaire, et aucune décision n'a encore été prise. Si elle aboutissait, cette opération créerait l'un des plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux, avec un portefeuille de médicaments comprenant notamment l'immunothérapie Opdivo (BMS) et les traitements contre le cancer d'AstraZeneca.
Les actions des deux sociétés ont réagi à cette information : le titre AstraZeneca a progressé de 2,5 % à la Bourse de Londres, tandis que BMS a gagné 3,2 % à New York. Cette réaction positive des marchés suggère que les investisseurs voient d'un bon œil cette consolidation, qui pourrait générer des synergies importantes.
Une stratégie de croissance externe
Cette tentative de fusion s'inscrit dans une stratégie plus large des "big pharma" qui cherchent à accroître leur taille pour faire face aux défis du secteur. La concurrence des génériques, l'expiration des brevets sur des médicaments phares et la hausse des coûts de recherche et développement poussent les laboratoires à se regrouper.
"Les grandes entreprises pharmaceutiques ont besoin de taille critique pour investir dans des domaines innovants comme l'oncologie, les thérapies géniques ou l'intelligence artificielle", explique un analyste du secteur, cité par Bloomberg. "Une fusion comme celle-ci leur permet de mutualiser les risques et d'accélérer le développement de nouveaux traitements."
Depuis plusieurs années, le secteur a connu une vague de fusions-acquisitions. En 2019, BMS avait racheté Celgene pour 74 milliards de dollars, et en 2021, AstraZeneca avait acquis Alexion pour 39 milliards. Ces opérations ont permis aux deux groupes de renforcer leurs positions dans des domaines clés, mais elles n'ont pas suffi à les placer en tête du classement mondial.
Une pression concurrentielle accrue
Le secteur pharmaceutique est dominé par des acteurs comme Pfizer, Johnson & Johnson ou Roche, qui réalisent des chiffres d'affaires dépassant les 50 milliards de dollars. AstraZeneca et BMS, avec des revenus respectifs d'environ 45 et 46 milliards de dollars, cherchent à combler cet écart.
La pandémie de Covid-19 a également modifié la donne : les laboratoires qui ont développé des vaccins ou des traitements ont engrangé des profits importants, qu'ils réinvestissent dans des acquisitions. AstraZeneca, qui a commercialisé un vaccin avec l'Université d'Oxford, a vu ses revenus augmenter de 25 % en 2021. BMS, de son côté, a bénéficié des ventes de son anticoagulant Eliquis et de l'immunothérapie Opdivo.
Par ailleurs, la pression réglementaire sur les prix des médicaments, notamment aux États-Unis, incite les entreprises à renforcer leur pouvoir de négociation face aux assureurs et aux systèmes de santé. Une taille plus importante leur permet de négocier de meilleures conditions et de répartir les risques sur un plus grand nombre de produits.
Des obstacles possibles
Cependant, une telle fusion ne se ferait pas sans difficultés. Les autorités de la concurrence, tant aux États-Unis qu'en Europe, pourraient exiger des cessions dans certains domaines où les deux groupes sont en position dominante. De plus, l'intégration de deux grandes entreprises complexes est toujours risquée, comme l'ont montré des échecs passés.
Les discussions entre AstraZeneca et BMS pourraient également être interrompues par des désaccords sur le prix ou la gouvernance. Aucun détail n'a encore filtré sur les modalités envisagées, mais une fusion entre égaux est une possibilité, avec un partage du pouvoir au sein du nouveau conseil d'administration.
Reste à savoir si cette opération aboutira. Les analystes restent prudents, rappelant que de nombreuses discussions préliminaires n'aboutissent jamais. Mais si elle se concrétisait, elle marquerait un tournant dans l'industrie pharmaceutique et confirmerait la tendance à la concentration du secteur.



