Le parti ANO de l'ex-Premier ministre tchèque Andrej Babis est arrivé largement en tête des élections législatives du samedi 4 octobre 2025, avec 35,4 % des voix, selon des résultats quasi définitifs portant sur 97 % des bulletins dépouillés. Ce score marque un retour en force pour ce milliardaire autoproclamé trumpiste, qui avait perdu le pouvoir de justesse il y a quatre ans.
Un scrutin marqué par une forte participation
La participation s'est élevée à 68,89 %, un niveau élevé pour le pays. Le mouvement ANO devance largement la coalition gouvernementale sortante "Ensemble" du Premier ministre de centre droit Petr Fiala, qui recueille 22,7 % des suffrages. Les libéraux de STAN, partenaires de la coalition sortante, arrivent troisièmes avec 11,1 % des voix.
Babis cherche des alliances, y compris avec l'extrême droite
Andrej Babis, 71 ans, a immédiatement déclaré vouloir former un gouvernement dirigé par l'ANO. Il a évoqué des discussions avec le parti d'extrême droite SPD (7,9 %) et le parti de droite Motoristes (6,8 %), tous deux susceptibles de lui fournir une majorité parlementaire. Cependant, il a catégoriquement rejeté l'idée d'un référendum sur une sortie de l'Union européenne, contrairement aux revendications du SPD.
"Ce qui nous attend, c'est probablement un gouvernement dirigé par Andrej Babis, mais la question est de savoir avec qui il va s'allier", a commenté Otto Eibl, analyste à l'université Masaryk de Brno. Le président tchèque Petr Pavel, ancien chef des forces de l'Otan et résolument pro-européen, rencontrera les chefs de parti élus pour entamer les consultations en vue de la nomination du Premier ministre.
Un possible infléchissement du soutien à l'Ukraine
Babis a fait campagne sur la promesse de réduire l'aide à l'Ukraine et de privilégier les intérêts tchèques. Jusqu'ici, la République tchèque a soutenu sans ambiguïté Kiev face à l'invasion russe, accueillant plus de 500 000 réfugiés ukrainiens. Un retour de Babis au pouvoir pourrait rapprocher Prague de la Hongrie et de la Slovaquie, qui refusent toute aide militaire à l'Ukraine et entravent les sanctions contre la Russie. Babis a d'ailleurs cofondé avec Viktor Orban le groupe parlementaire eurosceptique "Patriotes pour l'Europe".
Cependant, les analystes sont partagés sur l'ampleur du changement. Josef Mlejnek, de l'Université Charles, estime que Babis est un pragmatique et qu'il ne s'attend pas à un changement fondamental de la politique étrangère tchèque. En revanche, Peter Just, de l'Université métropolitaine de Prague, craint que la rhétorique pro-occidentale ne s'effrite si l'ANO gouverne, nombre de ses représentants affichant une position faussement neutre sur l'Ukraine.
Des préoccupations économiques et des ingérences russes
De nombreux électeurs reprochaient au gouvernement sortant d'avoir négligé la population tchèque face à la hausse des prix de l'énergie. Boris Lucansky, un employé administratif de 60 ans, place ses espoirs dans le changement promis par Babis pour trouver une solution à cette crise. Par ailleurs, la campagne a été marquée par des ingérences prorusses : le Centre tchèque de recherche sur les risques en ligne a signalé une activité accrue sur TikTok en faveur des partis antisystème. Un rapport de l'American Sunlight Project a également révélé que le SPD avait dépensé des milliers de dollars en publicités sans mentions légales sur Meta, sans que le parti ne confirme ces chiffres.



