Buenos Aires, la capitale argentine, retrouve un semblant de calme économique. Après des mois de récession et une inflation galopante, les premiers indicateurs de la gestion de Javier Milei, élu en novembre dernier, semblent porter leurs fruits. Le président libertarien, connu pour ses sorties fracassantes et sa tronçonneuse symbolique, affiche des résultats qui surprennent, même si l'avenir reste incertain.
Une stabilisation encourageante
Selon les données officielles publiées en juin, l'inflation mensuelle est passée de 25,5% en décembre à 4,2% en mai, soit une baisse spectaculaire. Le FMI, qui suit de près le pays, note une amélioration des réserves de change et un assainissement des finances publiques. Le gouvernement a enregistré un excédent budgétaire primaire au premier trimestre, une première depuis 2008. Ces chiffres, bien que fragiles, contrastent avec le chaos hérité du gouvernement précédent.
Des réformes radicales
Dès son entrée en fonction, Javier Milei a lancé un programme de choc : dévaluation du peso, suppression des subventions à l'énergie et aux transports, déréglementation de l'économie, et réduction drastique du nombre de ministères. Il a également abrogé le contrôle des prix et des changes, provoquant une flambée des prix, mais aussi une réallocation des ressources. Les entreprises, notamment agricoles, ont répondu positivement, avec une hausse des exportations de soja et de blé.
Des conséquences sociales douloureuses
Cependant, cette thérapie de choc a un coût humain. La pauvreté a atteint 57,4% de la population au premier trimestre, selon l'Observatoire de la dette sociale de l'Université catholique argentine. Le pouvoir d'achat des retraités et des salariés a chuté, et les licenciements dans le secteur public se multiplient. Les syndicats, bien que divisés, ont organisé plusieurs grèves générales, sans parvenir à faire plier le gouvernement.
Un pari politique risqué
Sur le plan politique, Javier Milei doit faire face à une opposition fragmentée, mais aussi à des tensions internes. Son parti, La Liberté Avanza, est minoritaire au Congrès, ce qui l'oblige à négocier avec les conservateurs. Il a récemment signé un pacte avec l'ancienne présidente Mauricio Macri, mais cette alliance est fragile. Les élections législatives de 2025 seront un test crucial pour sa majorité.
Les marchés et la communauté internationale
Les marchés financiers saluent la rigueur budgétaire, et le risque pays a fortement baissé, passant sous les 1 000 points de base pour la première fois depuis 2019. Le FMI a débloqué une nouvelle tranche d'aide de 4,7 milliards de dollars, et les investisseurs étrangers commencent à revenir. Cependant, les agences de notation restent prudentes, soulignant la vulnérabilité du pays aux chocs externes et la nécessité de réformes structurelles plus profondes.
L'avis des experts
Les économistes sont partagés. Pour certains, comme Carlos Pagni, éditorialiste au journal La Nación, « Milei a réussi à éviter l'hyperinflation, mais il n'a pas encore jeté les bases d'une croissance durable ». D'autres, comme l'économiste libéral José Luis Espert, estiment que « les réformes vont dans la bonne direction, mais il faut du temps pour voir les effets sur l'emploi et l'investissement ».
Les défis à venir
Le principal défi reste la sortie du contrôle des changes, qui devrait être levé en fin d'année, une étape risquée qui pourrait provoquer une nouvelle dévaluation. De plus, le gouvernement doit s'attaquer à la réforme du système de retraite et du marché du travail, deux chantiers sensibles. Enfin, la question de la dollarisation, promesse phare de Milei, semble avoir été écartée pour le moment, mais elle reste dans les esprits.
L'impact sur la population
Dans les rues de Buenos Aires, l'ambiance est contrastée. Certains, comme Maria, une commerçante de 45 ans, voient « une lueur d'espoir » : « Les prix se stabilisent, et on peut enfin prévoir un peu. » D'autres, comme Juan, un retraité, souffrent : « J'ai perdu 30% de mon pouvoir d'achat, je dois choisir entre le médicament et le repas. »
Un pari encore loin d'être gagné
En conclusion, Javier Milei a indéniablement réussi à stabiliser l'économie à court terme, mais le pays est loin d'être sorti de la crise. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si cette expérience libertarienne aboutit à une prospérité durable ou si elle se solde par un échec social. Comme le dit l'économiste Marina Dal Poggetto, « le plus dur reste à faire ».



