Le gouvernement argentin a annoncé, jeudi 6 août 2026, le retrait du décret présidentiel qui visait à supprimer les restrictions sur l'achat de terres par des étrangers. Cette décision, rapportée par le journal officiel, intervient après une vive opposition politique et sociale, et marque un revers pour le président ultralibéral Javier Milei.
Un décret controversé retiré sous la pression
Le décret, signé en mai dernier, avait pour objectif d'abolir la loi de 2011 qui limite l'acquisition de terres par des étrangers à 1 000 hectares dans les zones rurales et à 15 % de la superficie totale des propriétés étrangères. Le gouvernement de Javier Milei, élu sur un programme de dérégulation massive, considérait cette loi comme un frein à l'investissement étranger et à la croissance économique.
Dès l'annonce de ce projet, des organisations de défense des droits fonciers, des syndicats agricoles et des partis d'opposition ont dénoncé un risque de « colonisation » des terres argentines par des capitaux étrangers, notamment chinois et américains. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs provinces, et le sujet a enflammé les débats au Congrès.
Le retrait du décret a été officialisé par une note publiée dans le Bulletin officiel, sans commentaire du gouvernement. Selon des sources proches de la présidence, cette décision serait motivée par la nécessité de préserver la stabilité politique et de ne pas compromettre les négociations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un nouveau plan d'aide.
Une victoire pour les opposants
Les opposants au décret ont salué ce revirement. « C'est une victoire pour la souveraineté nationale et pour les petits producteurs », a déclaré à la presse la députée péroniste María Eugenia Vidal. « Le gouvernement a reculé face à la pression populaire, mais nous restons vigilants : nous nous opposerons à toute tentative de contourner la loi. »
De son côté, l'Association rurale argentine, qui représente les grands propriétaires terriens, a exprimé sa déception. Son président, Nicolás Pino, a estimé que « le pays perd une opportunité d'attirer des investissements productifs », tout en reconnaissant que « le débat devra se poursuivre au Parlement ».
Impact économique et politique
Cette décision intervient dans un contexte économique fragile. L'Argentine connaît une inflation annuelle de 200 %, et le gouvernement a lancé un programme d'austérité drastique. Selon les économistes, l'ouverture du marché foncier aurait pu générer des recettes fiscales supplémentaires, mais elle risquait aussi d'accentuer la concentration des terres et de fragiliser les communautés rurales.
Politiquement, ce recul est perçu comme une concession de Javier Milei, qui a bâti sa carrière sur des réformes radicales. Certains analystes y voient un signe de pragmatisme, tandis que d'autres y voient une faiblesse. « Milei a compris que certaines réformes sont politiquement intenables », analyse la politologue Silvia Mercado, de l'Université de Buenos Aires. « Il choisit ses combats, et celui-ci n'était pas gagnable. »
Quelles suites ?
Le gouvernement n'a pas annoncé de nouvelle initiative sur ce sujet. Toutefois, des sources parlementaires indiquent que des projets de loi pourraient être déposés par des partis proches du pouvoir pour réformer la loi de 2011 de manière plus encadrée. En attendant, la loi actuelle reste en vigueur, et les étrangers ne peuvent pas acquérir plus de 1 000 hectares, sauf autorisation spéciale.
Cette affaire illustre les limites du programme de dérégulation de Javier Milei, qui a déjà dû faire face à des contestations sur d'autres réformes, notamment dans le secteur du travail et de la santé. Le président, qui se présente comme un « anarcho-capitaliste », doit composer avec une réalité politique complexe, où les oppositions et la société civile pèsent lourd.



