Argentine : l'endettement des ménages s'aggrave, crise d'angoisse
Argentine : l'endettement des ménages s'aggrave

En Argentine, la spirale du crédit s'intensifie

Buenos Aires, de notre correspondant. En Argentine, l'endettement des ménages atteint des niveaux records. Selon les dernières données de la Banque centrale, le crédit à la consommation a bondi de 45 % en un an, tandis que les taux d'intérêt dépassent les 100 % annuels. Pour des millions d'Argentins, rembourser leurs dettes est devenu un cauchemar quotidien.

Des témoignages alarmants

Maria, 52 ans, employée de bureau à Buenos Aires, cumule trois crédits pour un total de 500 000 pesos (environ 1 300 euros). « Je pense à mes dettes tout le temps, j'en fais des crises de panique », confie-t-elle. Comme elle, de nombreux Argentins se tournent vers le crédit pour faire face à une inflation galopante qui a atteint 276 % sur un an. Les salaires, eux, n'augmentent pas au même rythme.

« Chaque mois, je dois choisir entre payer le crédit ou acheter de la nourriture », explique Carlos, 34 ans, chauffeur de taxi. Son crédit auto, contracté pour acheter son véhicule, est devenu une charge insoutenable. « Si je ne paie pas, je perds mon travail. Mais si je paie, je ne mange pas. »

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Les causes structurelles

Cette spirale de l'endettement s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, la politique monétaire du gouvernement, qui imprime de la monnaie pour financer le déficit, alimente l'inflation. Ensuite, les banques proposent des crédits faciles avec des taux variables, souvent indexés sur l'inflation. Enfin, la précarité du marché du travail pousse les ménages à emprunter pour survivre.

Selon l'économiste Martin Gonzalez, « le crédit est devenu un substitut au salaire. Les gens empruntent pour payer leurs factures, ce qui crée un cercle vicieux. »

Les conséquences psychologiques et sociales

L'endettement massif a des répercussions sur la santé mentale. Les consultations pour anxiété liée aux dettes ont augmenté de 60 % dans les centres de santé publique. « Je vois des patients qui ne dorment plus, qui sont dépressifs, qui ont des idées noires », témoigne le Dr. Laura Fernandez, psychologue.

Sur le plan social, l'endettement creuse les inégalités. Les plus pauvres, exclus du crédit bancaire, se tournent vers des prêteurs informels qui pratiquent des taux usuraires. « Ma voisine a emprunté à un 'prestamista' (usurier) pour payer les médicaments de son fils. Elle rembourse trois fois le montant emprunté », raconte Maria.

Les solutions envisagées

Face à cette crise, le gouvernement a annoncé un plan de restructuration des dettes pour les ménages les plus vulnérables. Mais les associations de consommateurs jugent ces mesures insuffisantes. « Il faut plafonner les taux d'intérêt et encadrer le crédit à la consommation », estime Pablo Rodriguez, de l'Association de défense des consommateurs.

En attendant, des initiatives citoyennes émergent, comme les groupes d'entraide pour le remboursement de dettes. « On se réunit une fois par semaine pour discuter de nos stratégies, ça aide à ne pas sombrer », explique Carlos.

La spirale du crédit en Argentine est un symptôme d'une économie malade. Sans réformes structurelles, des millions de ménages continueront à vivre sous la pression constante de dettes impossibles à rembourser.

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