Il est loin le temps de la directrice de « Star Academy » ! Aujourd’hui, Alexia Laroche-Joubert est présidente et directrice générale de la holding Banijay France, avec ses 17 filiales et sa foule de programmes populaires (N’oubliez pas les paroles, Top Chef, Koh-Lanta, 28 minutes…). Avec un emploi du temps parfaitement minuté.
Un réveil en musique et une nouvelle philosophie du sommeil
Le Point : Est-ce que vous programmez un réveil ?
Alexia Laroche-Joubert : Oui. Réveil à 7 h 10 et 7 h 15. Et la musique, c’est la chanson de Lady Gaga, Million Reasons. Je suis une kiffeuse du sommeil. Pendant très longtemps, je n’ai pas beaucoup dormi. Je me réveillais à 5 heures, jusqu’au jour où j’ai décidé d’inverser tout ça. Me dire : c’est super, il faut dormir. Parce que si on n’a pas l’esprit reposé, on ne peut pas assumer tout ce qu’on assume. Quand je me réveille à 5 heures maintenant, je me dis « waouh, génial, il me reste deux heures dix ». Et ça marche.
Vous vous couchez tôt ?
Je quitte n’importe quel dîner ou rendez-vous à 23 h 15 pour être, si possible, au lit avant minuit. C’est une discipline. Tout le monde le sait. Je ne mange pas les desserts. Je ne bois pas. Il y a un double intérêt. Et je veux pouvoir lire 15 minutes le soir.
Premier réflexe et gestion des mails
Quel est votre premier réflexe professionnel le matin ?
Je n’en ai pas. Je fais plein de choses, mais je n’ai pas de réflexe pro.
Éteignez-vous votre portable la nuit ?
Non, mais ça, c’est à cause de Koh-Lanta. Quand vous êtes responsable de Koh-Lanta – j’ai dirigé le programme pendant huit ans – avec le décalage horaire, s’il y a un problème, il faut être joignable. Je devrais le faire aujourd’hui, parce que je ne m’occupe plus de Koh-Lanta en direct, mais je ne le fais pas.
Combien recevez-vous de mails par jour ?
Aucune idée. 100 ? 200 ? Je ne sais pas. Je les lis, bien sûr. Je gère en priorité les urgences. Mais j’ai toujours trop de mails. Je ne sais pas comment les digérer. Ça va mieux depuis que j’ai une IA qui y répond.
Vous avez fait un prompt ?
Oui, ça accélère le process et ça marche très bien. Elle parle comme moi, mais elle n’envoie jamais rien sans ma relecture. Parce que parfois, elle dit plus facilement oui que moi. (Elle rit.)
Numéro de téléphone et tutoiement
Combien de collaborateurs ont votre numéro ?
Je ne vois pas qui ne l’a pas. J’ai le même numéro depuis le BI-BOP en 1991. Tout le monde m’appelle en direct.
Combien d’entre eux vous tutoient ?
Tout le monde, sauf mon assistante. C’est un peu vieille école. Moi, je la tutoie, mais elle me vouvoie.
Combien avez-vous de téléphones ?
Un seul. Tout est dessus. Deux téléphones, ce n’est pas possible, je n’ai pas assez de poches. Et avec les petits sacs, déjà un téléphone c’est compliqué : il faut enlever la coque.
Tenue vestimentaire et armure
Pour vous déplacer dans la journée, vous êtes plutôt baskets ou talons ?
Talons. Mon mec m’a acheté une petite paire de Repetto parce que je cours tout le temps, mais j’oublie toujours de les prendre. Donc j’ai mal aux pieds. mais les baskets, non jamais ! J’ai besoin d’avoir une armure vestimentaire et les baskets ne rentrent pas dedans.
Une armure vestimentaire ?
Oui, qui me donne de la contenance et de la confiance en moi.
Ordinateur et messageries
Mac ou PC ?
Mac. Pas par conviction.
Combien de messageries ?
Je réponds à WhatsApp, au SMS, sur LinkedIn. Instagram, jamais. Je ne regarde pas les commentaires. Parfois, c’est mon mec qui me dit : « T’as un commentaire hyper sympa, réponds ».
Êtes-vous adepte des réseaux sociaux ?
Je ne peux pas dire que je les regarde vraiment, mais je suis au fait de ce qui marche sur TikTok ou sur YouTube. Les seuls réseaux que je regarde régulièrement, c’est Pinterest – ça me fait voyager – et LinkedIn, parce que c’est pro.
Information et horaires de bureau
Comment vous informez-vous ?
Via Caféine : Les Échos, Le Monde, le New York Times. Le Parisien pour les titres. Le Point systématiquement, mais en papier.
À quelle heure arrivez-vous au bureau ?
Entre 9 heures et 9 h 15, sauf quand j’ai des petits déjeuners de boulot.
Et vous partez ?
Vers 20 heures Quitter le bureau à 20 heures ne veut pas dire que la journée est finie. Sinon, le dimanche, je bosse de 15 heures jusqu’à 19 h 30. J’essaie de rattraper le temps. J’adorerais vous dire que je finis ma semaine et que je prépare la suivante. Ce n’est pas la réalité. En tout cas, je n’ai plus le syndrome du « dimanche soir » qui était atroce… Je l’ai tué en travaillant le week-end. Ma meilleure soirée, c’est le vendredi. Je me couche à 2 heures du matin. J’ai l’impression que le monde m’appartient.
Déplacements et rendez-vous
Comment vous déplacez-vous dans Paris ?
Taxi, voiture, métro. J’adore le métro. Je regarde mes mails, je réponds. Je trouve ça hyperpratique. Sauf aux heures de pointe.
Combien de rendez-vous par jour ?
Entre huit et dix.
C’est beaucoup ?
Si vous voulez savoir quel métier faire, regardez l’agenda de la personne et projetez-vous.
Décisions et management
Je préfère une décision imparfaite que pas de décision
Vous passez beaucoup de temps en réunion ?
Oui, mais je tiens à être aussi au contact. Je me rends dans les sociétés de production, sur les tournages, dans les filiales… Ce n’est pas dans un bureau qu’on sent l’atmosphère. D’ailleurs, le mien est tout petit.
À quoi ressemblent-elles ?
Quand elles dépendent de moi, elles vont vite. Je veux que les documents soient lus avant par chacun.
Quel type de manager êtes-vous ?
Souriante, à l’écoute, mais je sais où je vais.
Vous savez déléguer ?
Oui. J’aime être informée, mais je délègue. Je ne délègue que quand je connais parfaitement le dossier. Et souvent, les autres font mieux que moi.
Objets indispensables et rituels
Un objet indispensable ?
Ma vaseline pour les lèvres. Si je ne l’ai pas, ça peut me décontenancer.
Café ou thé ?
Thé le matin, puis café. Ensuite, dans la journée, deux cafés et un déca. Un petit gâteau diététique à 10 heures et un autre à 16 heures.
Ils sont aussi inscrits à votre agenda ?
(Elle rit.) Je suis très réglée comme fille ! C’est comme les 14 minutes de sport que je fais chaque matin.
Gestion de l’agenda
Votre agenda est planifié longtemps à l’avance ?
Je ne suis pas maître de mon agenda, je suis maîtrisée par lui. Mais jamais de rendez-vous après 18 heures pour me laisser un créneau libre, pour réfléchir et assurer le suivi de la journée.
Vous avez du temps libre ?
Très peu. Je n’ai pas pris de vacances depuis août.
Une astuce pour ne pas perdre de temps ?
Chronométrer mes déplacements.
Êtes-vous indulgente avec le retard ?
Je préfère une annulation à un retard.
Doutes et décisions
Vous doutez parfois ?
Je refuse de douter. Je n’ai pas le temps. Je préfère une décision qui se révèle imparfaite plutôt que pas de décision.
Est-ce que c’est facile de dire non ?
Je dis souvent oui parce que je suis curieuse de savoir ce qu’une proposition peut donner.
Erreurs et évolutions
Une erreur que vous ne faites plus ?
Laisser les gens sur le quai de gare en leur imposant mon rythme. Aller trop vite peut parfois donner l’impression d’être expéditif.
Une phrase que vous ne dites plus…
J’évite de donner mon avis sur le moindre élément des émissions dont je me suis longuement occupée en direct. Le seul programme que je regarde en téléspectatrice lambda c’est « L’amour est dans le pré » car je n’ai aucune responsabilité.
Une chose que vous continuez à faire ?
Être disruptive. Parfois je lance trop de choses, et puis je reviens en arrière. Je n’ai pas de souci à reconnaître que je suis allée trop vite.
Télétravail et féminité
Êtes-vous une adepte du télétravail ?
Très peu pour moi. Mais cela ne me pose aucun problème pour les autres.
Être une femme, est-ce un frein ?
Ce qui bloque, c’est ce que j’appelle le « syndrome de la troisième mi-temps » : c’est ce moment où les hommes, après s’être écharpés au bureau, finissent par se taper sur l’épaule autour d’une bonne bière. Je sens bien que lorsque je veux leur parler d’homme à homme, ils continuent de me regarder comme une femme, m’obligeant en quelque sorte à faire allégeance… Moi je n’ai pas accès à cette troisième mi-temps pour une manucure.
Mots et retraite
Des mots qui vous agacent ?
La bienveillance mise à toutes les sauces.
La retraite, ça vous travaille ?
J’y pense tout le temps.
Vous avez peur de vous ennuyer ?
Ah non, l’ennui est un concept que je ne connais pas. Je ferai autre chose. Je remonterai à cheval. J’apprendrai l’italien.



