Une évasion meurtrière
Le 14 mai 2024, l'extraction de Mohamed Amra, surnommé La Mouche, s'est transformée en guet-apens au péage autoroutier d'Incarville (Eure). Deux agents pénitentiaires ont été abattus et trois autres grièvement blessés. Amra s'est évadé après un bain de sang. Deux ans plus tard, les investigations visent notamment à établir le rôle exact joué par le label Black Manjak Family (BMF).
Le rôle présumé de la BMF
Selon une source proche de l'enquête, les policiers ne doutent pas que Mohamed Amra, interpellé en Roumanie le 22 février 2025 puis extradé en France, a commandité son évasion en recourant à cette organisation informelle. À ce jour, une grande partie des 49 suspects, dont 28 en détention provisoire, a été interrogée.
La justice pense tenir les membres du commando : Alexandre G. et Camyouque M., interpellés en France ; Adonis C. et Fernando D. C., le possible tireur, retrouvés respectivement en Thaïlande et en Espagne ; Alan G., arrêté au Maroc ; Nixon M., décédé en novembre 2024. Ces hommes gardent le silence ou démentent les faits.
L'ami d'enfance et le label
En mars, Jean-Charles P., présenté comme l'ami d'enfance de La Mouche et un interlocuteur direct de membres du commando, a été interrogé. Il était détenu à Rouen lors de l'évasion. La juge a cherché à comprendre son rôle au sein de la BMF. Cette organisation se revendique comme étant avant tout un label de musique lancé par le rappeur Koba LaD en 2022. Mais derrière cette vitrine, les activités criminelles de ses membres permettent de faire un parallèle avec le gang américain Black Mafia Family, estiment les enquêteurs.
La diaspora manjaque de Guinée-Bissau
Ce gang, né à Détroit dans les années 1980, s'est spécialisé dans le trafic de drogue et le blanchiment, tout en s'affichant comme un label hip-hop. La BMF version française trouverait ses racines dans la diaspora manjaque de Guinée-Bissau, implantée à Évreux et Mantes-la-Jolie (Yvelines). Elle pourrait être une vitrine pour blanchir les revenus générés par le trafic de stupéfiants.
Amra entretient des liens étroits avec les différents membres de la BMF, selon une source policière. Des flux financiers dessinent des liens, abonde une source proche du dossier. C'est juste un groupe de musique, rétorque Jean-Charles P., qui dit ne pas en faire partie. La Black Mafia ou la Black Manjak, ça n'a rien à voir, affirme aussi Adonis C. en novembre 2025. Comme je traîne avec Koba LaD, je mets BMF sur mon Instagram, mais je n'en fais pas partie.
La défense de Koba LaD
L'analyse des enquêteurs relève du pur fantasme, réagit May Sarah Vogelhut, avocate du rappeur mis en examen. Koba LaD n'a jamais cherché à financer la cavale d'Amra. Il a créé la BMF à la séparation de son manager. S'en réclame qui veut. Mon client ne saurait en aucun cas être responsable de qui gravite autour de lui, insiste l'avocate.



