Accompagnante sexuelle : jusqu'à 3 000 € par mois en plus
Accompagnante sexuelle : jusqu'à 3 000 € en plus

Garance, 49 ans, vit à Lyon et exerce depuis deux ans une double activité : formatrice en art du spectacle et accompagnante sexuelle auprès de personnes handicapées. Cette seconde activité lui permet de gagner jusqu'à 3 000 euros supplémentaires par mois, un complément de revenus qui a transformé la situation financière de sa famille. Elle témoigne dans le cadre de la série « Combien tu gagnes ? » du journal Midi Libre.

Une activité qui rapporte, mais qui reste illégale

Chaque séance, d'une durée de deux heures, est facturée entre 150 et 180 euros, versés directement par les bénéficiaires. Les frais d'hôtel et de déplacement en VTC sont également pris en charge par ces derniers. Grâce à cette activité, Garance cumule les revenus de son emploi principal, où elle est son propre patron, et ceux de l'accompagnement sexuel. Au total, elle peut gagner entre 1 800 et 3 000 euros par mois avec son travail de formatrice, auxquels s'ajoutent jusqu'à 3 000 euros certains mois grâce à l'accompagnement.

Ce rythme de travail intense, entre 40 et 60 heures par semaine, est assumé par la quadragénaire : « Je bosse entre 40 et 60 heures par semaine. C'est un peu moi qui gère mon emploi du temps, du coup, ça se combine très bien. J'arrive vraiment à dégager du temps pour la deuxième activité. » Elle reconnaît toutefois qu'il faudrait parfois « lever le pied », mais se rassure : « Mais ça va quand même plutôt bien. J'arrive à faire les deux. »

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Un accompagnement sensuel et sexuel, pas seulement sexuel

Garance a rejoint l'APPAS (association pour la protection de l'accompagnement sexuel) après avoir été marquée par l'injustice subie par les personnes handicapées. Elle a suivi une formation d'une semaine, mais précise que « on se forme beaucoup plus sur le terrain parce que les handicaps sont tellement variés, tellement différents… Et les personnes handicapées n'ont pas les mêmes besoins ni les mêmes envies. Tous les corps sont différents et tous les corps en situation de handicap sont différents. »

Les séances ne sont pas systématiquement sexuelles : elles peuvent inclure des discussions, des caresses, des câlins ou de simples moments de tendresse. C'est pourquoi on préfère parler d'accompagnement sensuel et sexuel. Un cadre est fixé à l'avance pour protéger à la fois les accompagnants et les bénéficiaires. L'APPAS s'engage à ne pas communiquer les coordonnées des bénéficiaires, et l'argent est remis directement aux accompagnants, sans passer par l'association.

Un impact financier et familial significatif

Cette activité a considérablement amélioré le niveau de vie de la famille de Garance. Propriétaires de leur maison, ils ont pu, par exemple, partir en vacances en Crète. « Ça a changé des choses. C'est sûr que ça a carrément boosté l'économie familiale », confie-t-elle. Les dépenses se font souvent en espèces, ce qui lui procure une certaine satisfaction : « C'est assez jouissif, j'avoue, de payer les choses en liquide, de ne pas passer par le compte bancaire, je trouve ça génial. »

Sa fille, âgée de 14 ans au début de l'activité de sa mère, a d'abord trouvé cela « bizarre ». Garance lui a expliqué : « Non, je ne vais pas coucher avec des gens. Je vais aller prendre soin de la sexualité d'autres personnes. Ce n'est pas tout à fait pareil. »

Le principal problème reste juridique. L'assistance sexuelle n'est pas reconnue en France. Aux yeux de la loi, Garance est considérée comme une prostituée et ses bénéficiaires comme des clients. Plus grave encore, son mari et son fils majeur, qui vit avec eux, sont considérés comme des proxénètes. Garance abonde : « Parce que l'argent que je gagne, tout le monde en bénéficie. »

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Vers une évolution législative ?

La situation pourrait évoluer. En février, la ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, et la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq, ont lancé un plan d'action pour 2026 et 2027, dédié à « la vie intime, affective et sexuelle des personnes en situation de handicap et la lutte contre les violences ». Ce plan prévoit notamment la création d'un guide pour aider les établissements à rendre les espaces privés propices à la vie intime et sexuelle, ainsi que la formation de l'ensemble des professionnels intervenant auprès des personnes handicapées.

En 2023, Emmanuel Macron avait déclaré que « avoir une vie comme tout le monde, c'est aussi avoir une vie affective, amoureuse, intime et sexuelle. Ce n'est pas un tabou, c'est un enjeu de bien-être, de santé. »

Garance, elle, se dit épanouie dans ses deux métiers, qu'elle juge « très complémentaires ». Elle affirme : « Je n'ai envie d'arrêter ni le théâtre, ni l'accompagnement. »