Interpol sous influence : comment les notices rouges deviennent des armes politiques
Le documentaire « Notices rouges, la face cachée d’Interpol » de Jean-Christophe Brisard, diffusé ce soir sur LCP, lève le voile sur les dérives inquiétantes de l’organisation policière internationale. Basée à Lyon et forte de 196 pays membres, Interpol affiche pour mission officielle de favoriser « la collaboration entre les autorités de police pour créer un monde plus sûr ». Pourtant, la réalité révélée par l’enquête est bien plus sombre.
Des chiffres qui parlent : la mainmise des régimes autoritaires
Selon des documents internes publiés par la BBC et le site d’investigation Disclose le 25 janvier dernier, sur les 30 pays émettant le plus de notices rouges – ces demandes d’arrestation envoyées à des États tiers –, 20 sont des régimes autoritaires. La Russie se place en tête de ce classement peu glorieux, suivie de près par d’autres gouvernements répressifs.
En théorie, ces demandes sont censées être rigoureusement contrôlées par une commission interne pour prévenir tout détournement à des fins politiques. Dans les faits, le système est régulièrement instrumentalisé pour poursuivre des opposants politiques, des journalistes indépendants ou des membres de minorités religieuses.
Cas concrets : des vies brisées par des procédures abusives
Le journaliste Jean-Christophe Brisard examine plusieurs dossiers emblématiques, souvent qualifiés de kafkaïens :
- Andreï, un réalisateur biélorusse impliqué dans les manifestations contre Alexandre Loukachenko. Interpol a validé une demande d’arrestation émise par un procureur biélorusse sous sanction européenne, pour des motifs fallacieux de fraude fiscale présumée.
- Idris, un dissident ouïgour réclamé par la Chine, arrêté au Maroc suite à une notice rouge. Bien que celle-ci ait finalement été annulée, il est resté emprisonné de longs mois dans des conditions difficiles.
La Chine, principal contributeur financier d’Interpol, n’hésite d’ailleurs pas à régler les cotisations d’États plus modestes, renforçant ainsi son influence au sein de l’organisation.
Scandales internes : la corruption au cœur du système
Le documentaire révèle également un autre scandale majeur : des fonctionnaires moldaves d’Interpol proposaient à des criminels en col blanc, des escrocs ou des narcotrafiquants d’effacer leur notice rouge contre rémunération. Des sommes pouvant atteindre 1 million d’euros par fiche effacée ont été évoquées.
Cette affaire a conduit à l’extradition vers la France, en juillet 2025, d’un ancien ministre de la Justice moldave, qui était également un ancien haut cadre d’Interpol. Ces révélations jettent une lumière crue sur les failles de gouvernance de l’institution.
Un défi pour la nouvelle présidence
Tous ces dossiers brûlants représentent un défi de taille pour Lucas Philippe, policier français récemment élu à la présidence d’Interpol. Sa mission : restaurer la crédibilité et l’intégrité d’une organisation dont les outils sont trop souvent détournés à des fins politiques.
Le documentaire « Notices rouges, la face cachée d’Interpol » (52 minutes, 2025) est diffusé ce mardi 10 février à 20h40 sur LCP et disponible en replay sur le site de la chaîne. Une enquête essentielle pour comprendre les mécanismes d’une justice internationale manipulée.



