Le 28 juillet 2026, SOS Racisme a publié les résultats de sa nouvelle opération de testing dans les discothèques et plages privées du pourtour méditerranéen. Dans l'Hérault, l'association a dénoncé des pratiques discriminatoires dans deux établissements : le Fizz, une discothèque de Montpellier, et une plage privée de La Grande-Motte. Une plainte a été déposée contre le Fizz, une autre devrait suivre dans la semaine. Les responsables des établissements pointés nient toute discrimination.
Un testing qui révèle des discriminations systémiques
L'opération de testing menée par SOS Racisme a mobilisé des bénévoles jouant des rôles de clients de différentes origines perçues. Les résultats montrent que une discothèque sur trois et une plage privée sur six pratiquent des discriminations fondées sur la couleur de peau ou l'origine. Sept sites ont été testés dans l'Hérault. Dominique Sopo, président de SOS Racisme, déclare : "Ces pratiques persistent, trop souvent dans l'impunité. Il est temps d'agir."
Le Fizz à Montpellier : un refus d'entrée discriminatoire
SOS Racisme fait savoir que le Fizz, situé en plein centre-ville de Montpellier, a échoué au testing dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 juillet. Selon l'association : "Lorsque le groupe de personnes noires est arrivé, on lui a dit que l'établissement était plein. Quand le groupe de personnes blanches est arrivé, il a pu entrer. Entre les deux, la boîte ne s'est pas vidée… On voit une différence de traitement." Le videur aurait même empêché quelques fêtards de sortir pendant qu'il refusait le premier groupe.
L'association a sélectionné le Fizz en fonction de critères précis : un test antérieur montrant des discriminations, des signalements à son service juridique, et de mauvais avis Google. Effectivement, la boîte ne jouit pas d'une belle réputation sur le moteur de recherche : "Videurs d'une violence extrême qui ont des propos racistes tels que : L'Afrique ce n'est pas ici, nous sommes en France", écrivait un témoin en 2024. Il y a huit mois, un autre internaute lançait : "Fuyez, la sécurité vous fait rentrer selon vos origines." Il y a dix mois, une jeune femme a raconté s'être vue refuser l'entrée avec trois amis (deux noirs, deux blancs) : le videur aurait lancé : "Oui, tu as vu nous, on est blancs, on n'accepte pas le reste."
Le patron du Fizz, rencontré mardi soir à l'ouverture, nie catégoriquement : "Des accusations de racisme, il y en a contre toutes les boîtes." Il assure que les refus ne sont pas liés à l'origine : "En trente ans, on n'a jamais eu de problèmes de racisme. Après c'est vrai que dans une discothèque, ça peut être discriminatoire l'entrée : on va refuser les garçons quand il n'y a pas assez de filles, ou les gens qui n'ont pas la bonne tenue, des gens trop alcoolisés." Il explique aussi que l'établissement conserve des places pour les travailleurs des bars et restaurants environnants. Quant aux avis Google, il les élude : "Les gens qui se font recaler laissent des commentaires. C'est toujours négatif, on ne répond plus."
La plage privée de La Grande-Motte : une mauvaise place pour les clients perçus comme arabes
Dans une plage privée de La Grande-Motte, les bénévoles n'ont pas été refoulés mais relégués à une mauvaise place. SOS Racisme détaille : "Les groupes perçus comme noirs et blancs ont pu obtenir des transats situés au premier rang, tandis que le groupe perçu comme arabe s'est vu refuser cet emplacement et proposer des transats au troisième rang." Contacté, l'établissement explique que cette situation est impossible puisque les réservations se font en ligne et que les places de première ligne sont attribuées dans la limite des disponibilités. Le gérant assure ne refuser personne.
Selon SOS Racisme, le binôme de personnes noires est arrivé en premier, sans réservation, et a dû payer directement. N'ayant pas d'argent sur lui, le couple a prétexté aller récupérer son portefeuille mais n'est pas revenu. Pendant ce temps, un second couple (perçu comme arabe) est arrivé. Le gérant leur aurait dit : "Non, c'est deux places qui viennent d'être prises par des gens qui doivent revenir." Il leur a alors proposé des transats au troisième rang. Enfin, le dernier couple (de personnes blanches) a obtenu des sièges au premier rang, car le premier couple n'étant pas revenu, la place était libre. Le gérant maintient sa version.
Des plaintes déposées et un appel à l'action publique
SOS Racisme a porté plainte le 26 juillet pour "discrimination fondée sur l'origine, l'ethnie ou la nationalité, caractérisée par le refus d'un bien ou d'un service dans un lieu accueillant du public" contre le Fizz. Une plainte concernant la plage privée sera déposée dans la semaine. Dominique Sopo espère que "la justice mène des enquêtes sérieuses, puisque ces testings sont un indice de pratiques discriminatoires qui demandent des approfondissements". Mais il insiste surtout sur la prévention : "Au-delà de cette interpellation à l'endroit du ministère de la Justice, nous interpellons les pouvoirs publics. On pourrait avoir des préfets et des maires qui convoquent les professionnels des secteurs concernés pour leur rappeler leurs obligations."
Le président de SOS Racisme déplore la banalisation du racisme : "Les testings, ça fait du bruit pendant un petit moment, puis on passe à autre chose. Ça ne modifie pas radicalement le débat public. Et ça, c'est vraiment très inquiétant." Il ajoute : "Même si les personnes noires et arabes peuvent entrer en boîte de nuit, la probabilité d'être refusée est singulièrement plus importante que pour des personnes perçues comme blanches. C'est quelque chose d'intolérable qui doit être combattu sans qu'on le prenne à la légère."
Des excuses récurrentes et des pratiques discriminatoires bien rodées
Dominique Sopo souligne que les établissements utilisent souvent des "fausses excuses" : "Ils vont dire qu'ils ne prennent que les habitués, on va leur demander de payer 200 euros plutôt que 15 euros, leur dire que s'ils ne prennent pas de bouteille, ils ne peuvent pas entrer. Dans cette situation, on va estimer qu'il faut compenser la couleur de peau par un comportement dépensier exceptionnel."
Ce testing s'inscrit dans une série d'opérations menées par SOS Racisme qui, par le passé, a déjà épinglé des plages, des agences immobilières et d'autres lieux publics. L'association rappelle que ces discriminations sont illégales et appelle à une prise de conscience collective ainsi qu'à des sanctions effectives.



