Attaque antisémite à Londres : la communauté juive sous le choc
Attaque antisémite à Londres : choc et colère

La sidération a frappé les très résidentielles rues de Golders Green, à Londres. Ce mercredi 29 avril, ce quartier abritant l’une des plus larges communautés juives de la ville s’est figé. Aux alentours de midi, heure locale, un homme de 45 ans, aux antécédents de violence et de troubles psychiatriques, a poignardé deux hommes de confession juive, respectivement âgés de 34 et 76 ans. Depuis, habitants et croyants arpentent les rues sous le ciel bleu et les bourrasques de vent, et la sidération a laissé place à la peur, puis à la colère.

Un acte qualifié de terroriste

Le chef de la lutte antiterroriste, Laurence Taylor, a qualifié l’acte de « terroriste » dans une brève prise de parole face à la presse. S’il a salué une communauté juive forte et résiliente, il a reconnu qu’elle resterait « extrêmement préoccupée » par les événements de ce jour, « en particulier à la suite des autres incidents survenus ces dernières semaines ». Le mot est faible.

En bas de la rue où l’attaque a eu lieu, un premier ruban de police claque sous les rafales : quatre membres des forces de l’ordre filtrent les entrées des résidents et donnent des indications aux curieux, maintenant fermement bouclé le périmètre de sécurité. Plusieurs autres sont postés dès la sortie de la station de métro Brent Cross, située à une dizaine de minutes à pied, d’où l’on entendait déjà les sirènes des voitures de police. Un groupe d’une petite dizaine de jeunes gens portant des kippas s’est attroupé devant le premier cordon de sécurité et discute de la scène à laquelle ils n’ont pas assisté.

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La peur au quotidien

« On peut se faire attaquer n’importe quand », confie un adolescent du quartier, les sourcils froncés. Un autre renchérit : « Il y a eu les tirs sur les ambulances, les menaces, les profanations… Maintenant, on peut se faire poignarder n’importe quand, n’importe où. Je pourrais être en train de me promener, ou de faire les courses, et me faire poignarder juste parce que je suis juif. »

Devant le cordon de sécurité, deux adolescents disent la même peur : celle de ne plus pouvoir circuler librement dans les rues de Londres. « Je dois rester sur mes gardes tout le temps, je ne peux pas savoir si la personne qui marche derrière moi ne porte pas un couteau et ne va pas essayer de me planter au prochain tournant », illustre le premier.

Une série d'incidents antisémites

Les chiffres — et les récents événements — leur donnent malheureusement raison. Il y a quelques jours, à Hendon, toujours dans le nord de la capitale britannique, le local où logeait l’association « Jewish Futures » a été visé par un homme muni de trois bouteilles au contenu inconnu, probablement destinées à prendre feu : l’individu a fui lorsque son stratagème a échoué. Le mois dernier, le 23 mars, ce sont quatre ambulances censées desservir la communauté juive du même quartier de Golders Green qui ont été incendiées. Au printemps 2026, une série d’incendies criminels a frappé les synagogues et infrastructures liées à la religion juive à travers le pays. Le 2 octobre 2025, l’attaque d’une synagogue à Manchester avait tué deux fidèles et fait trois blessés, endeuillant et traumatisant la communauté juive. Depuis, quelque 25 personnes en lien avec les actes ultérieurs au début de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran ont été arrêtées. D’après l’association caritative Community Security Trust, quelque 3 700 incidents antisémites (308 par mois) ont été recensés à travers le pays en 2025 — un chiffre en hausse de 4 % par rapport à l’année précédente et en baisse de 14 % par rapport à 2023, mais qui constitue le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré.

Réactions des responsables

Arrivé sur place peu après les faits, Yaakov Hagoel, président de l’Organisation sioniste mondiale, a déploré cette nouvelle attaque. Accompagné d’un traducteur et d’un garde du corps, il a expliqué au Point : « Malheureusement, nous ne sommes pas surpris. Cet acte terroriste est le reflet de l’atmosphère à laquelle les Juifs sont confrontés depuis longtemps. » Il a ajouté : « C’est un climat qui nous pèse terriblement. »

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Yaakov Hagoel a également appelé le gouvernement britannique « à faire preuve de fermeté face à toute forme de violence et à empêcher la prochaine attaque », estimant que « des lois spécifiques contre l’antisémitisme doivent être adoptées au Parlement ».

Un sentiment d'insécurité grandissant

Plus haut, où le reste de la rue est également bouclé, l’effervescence gagne les abords du périmètre. Derrière les caméras des médias locaux, solidement ancrées derrière le ruban des forces de l’ordre et menaçant de vaciller à chaque bourrasque, se pressent des personnes de confession juive et des riverains, au milieu des klaxons des véhicules contraints de faire demi-tour. L’air est pesant, parfois traversé par les effluves de la boulangerie Grodz, qui jouxte le cordon de police.

En face, un vendeur de Royal Judaica, une échoppe d’objets religieux, nous laisse entrer : « Comment se sentir en sécurité, maintenant ? N’importe qui peut entrer ici, dans une boutique, et me poignarder. C’est effrayant. Je ne me sens plus en sécurité dans ce pays, ce n’était pas le cas avant. »

Les forces de l'ordre mobilisées

Après sa prise de parole, le chef de la lutte antiterroriste, Laurence Taylor, a assuré que les forces de police antiterroristes se mobilisaient dans tout le pays « pour apporter un soutien et des garanties supplémentaires ».

De son côté, le chef de la police métropolitaine, Sir Mark Rowley, s’est rendu sur les lieux de l’attaque en fin d’après-midi. Accueilli par quelques huées, il a lui aussi souligné la recrudescence des « crimes haineux racistes et antisémites » — pour partie, a-t-il précisé, incités et rémunérés par des organisations étrangères et des États hostiles.

S’il a bien entendu les « Honte à vous » lancés depuis la foule massée devant le cordon de police, il a cependant assuré avoir reçu « de nombreux remerciements de la part des communautés juives » ces dernières semaines pour le renforcement des effectifs policiers dans la capitale.

Patrouilles communautaires

Il n’empêche : la communauté juive s’organise aussi de son côté. Certaines associations ont mis en place des patrouilles de sécurité communautaires, chargées de veiller à la sûreté des quartiers. C’est d’ailleurs une patrouille locale de Shomrim qui a intercepté l’assaillant et l’a remis aux forces de l’ordre, alors qu’il tentait de faire d’autres victimes dans la rue.

Le rabbin Herschel Gluck, président de la section Nord et Est de Shomrim, nous confie que les fidèles sont « profondément choqués » et « préoccupés » par cet assaut, qui s’inscrit dans une série d’incidents récents. Il décrit néanmoins une communauté « résiliente », déterminée à continuer à vivre normalement. « La police a considérablement renforcé ses patrouilles dans le secteur, tout comme les volontaires de Shomrim, en attendant des jours meilleurs. » Un sursaut sécuritaire qui dit aussi l’ampleur de l’inquiétude.