Un constructeur aéronautique européen contourne les sanctions contre la Birmanie
Le constructeur aéronautique européen Aircraft Industries croyait probablement pouvoir opérer discrètement lorsqu'il a procédé à la vente d'avions à la junte birmane. Le Monde et l'organisation non gouvernementale britannique d'investigation Center for Information Resilience, via son projet Myanmar Witness, révèlent aujourd'hui que cette entreprise a livré à la dictature militaire au moins quatre appareils entre septembre 2024 et octobre 2025.
Des livraisons effectuées malgré les sanctions européennes
Ces transactions interviennent en dépit des sanctions strictes imposées par l'Union européenne sur ce régime, responsable d'une guerre civile ayant causé plus de 75 000 morts depuis 2021. L'UE interdit formellement la vente d'armes à la Birmanie, ainsi que celle de biens à double usage, c'est-à-dire susceptibles d'être employés à des fins tant civiles que militaires.
Or, les petits avions Let 410 produits par Aircraft Industries présentent une polyvalence problématique : ils peuvent transporter des passagers, être convertis en ambulances, mais aussi embarquer des troupes et du matériel militaire, voire réaliser des missions de surveillance aérienne.
Une opération menée dans l'ombre
L'entreprise tchèque a adopté un comportement inhabituel en ne communiquant pas sur ces livraisons, contrairement à sa pratique standard. Elle a également masqué les données de navigation aérienne de l'un de ses appareils, tentant ainsi de dissimuler ses activités.
Néanmoins, de nombreuses données accessibles en sources ouvertes ont permis de documenter précisément l'arrivée de ces avions à Rangoun, la capitale économique birmane.
Des dénégations face à des preuves accablantes
Contactée par les enquêteurs, Aircraft Industries a confirmé l'existence de ces livraisons, mais affirme que les avions sont utilisés exclusivement dans un cadre civil en Birmanie. L'avionneur se déclare donc en conformité avec les réglementations européennes en vigueur.
Pourtant, de nombreuses preuves recueillies par Le Monde et l'équipe de Myanmar Witness attestent sans équivoque de l'utilisation de ces appareils par l'armée de l'air birmane. Ces éléments contredisent frontalement les déclarations de l'entreprise et soulèvent de sérieuses questions sur le contournement effectif des sanctions internationales.
Cette affaire met en lumière les difficultés persistantes à faire respecter les embargos dans des contextes de conflits complexes, où les biens à double usage peuvent facilement être détournés vers des usages militaires.



