Russie : Poutine pousse à l'adoption de Max, le clone russe de WhatsApp sous contrôle de l'État
Il n'est point nécessaire d'être un spécialiste des relations internationales pour comprendre que le président russe Vladimir Poutine voit d'un très mauvais œil que ses concitoyens utilisent massivement une application de messagerie chiffrée échappant à son contrôle, et qui plus est, détenue par le géant américain Meta. WhatsApp est donc loin de jouir des faveurs du Kremlin, qui encourage activement la population russe à migrer vers Max, un clone de cette messagerie rachetée par Mark Zuckerberg en 2014.
Max, une copie conforme de WhatsApp en cyrillique
Que ce soit sur smartphone ou sur ordinateur, la plateforme russe Max n'a strictement rien inventé. Il s'agit d'une messagerie privée instantanée permettant à ses utilisateurs de discuter, passer des appels, envoyer des stickers, des messages vocaux et d'accéder à divers services pratiques. On peut également y effectuer des appels vidéo, créer des groupes de discussion et partager des fichiers volumineux jusqu'à 4 Go. En résumé, il s'agit d'un WhatsApp en cyrillique doté d'une interface soignée et disponible sur toutes les boutiques d'applications.
Une entreprise jeune mais aux ambitions colossales
Selon les documents officiels du service fédéral des impôts russe, Max n'a été enregistrée légalement qu'en septembre 2024 sous la dénomination « MAH LLC », avec pour activité principale le développement de logiciels informatiques. L'entreprise est domiciliée dans l'arrondissement de Khoroshevsky, à Moscou. Une société extrêmement jeune, donc, qui afficherait pourtant déjà plus de 100 millions d'utilisateurs si l'on se fie aux chiffres de téléchargement de l'application.
Elle présente un capital social de cent millions de roubles, soit un peu plus d'un million d'euros. Sa première année d'exercice a été marquée par des revenus très modestes, s'élevant à 2,3 millions de roubles (environ 25 000 euros), et par un déficit conséquent de 12,5 millions de roubles (137 000 euros). Un bilan financier peu reluisant, mais qui ne devrait pas nuire au véritable propriétaire de Max, à savoir VKontakte (VK), souvent surnommé le Facebook russe. Notons, pour la petite histoire, que le fondateur de VK, Pavel Dourov, avait été contraint de céder son groupe à un proche de Vladimir Poutine en 2014, avant de s'exiler et de fonder Telegram. Aujourd'hui, VK appartient au géant gazier d'État russe, Gazprom.
Le Kremlin tire les ficelles en coulisses
Autant dire que c'est bien le Kremlin qui orchestre cette manœuvre. Et si des doutes persistaient, il suffit d'examiner le profil du directeur général de Max, un certain Khusnoyarov Farit Faritovich. Loin d'être un oligarque, il est un fidèle serviteur de l'État russe. Il a notamment occupé les fonctions de conseiller du chef du département des technologies de l'information de Moscou, et a été vice-ministre de l'administration publique, des technologies de l'information et des communications de la région de Moscou. Farit Khusnoyarov a également dirigé RTK Labs, une entreprise chargée de la partie logicielle du géant public Rostelecom, avant d'intégrer VK en 2022, puis de prendre la tête de Max en décembre dernier.
Cette nomination confirme la mainmise totale des autorités russes sur cette nouvelle messagerie, présentée comme une alternative nationale mais qui sert avant tout les intérêts stratégiques et le contrôle informationnel du pouvoir en place.



