Paul Gogo, journaliste : « En Russie, la délation est partout »
Avant de quitter la Russie où il a passé près de dix ans, le journaliste français Paul Gogo publie un témoignage saisissant sur un pays paranoïaque, gangrené par la propagande et les dénonciations. Propos recueillis par Natacha Tatu.
Un pays qui se referme sur lui-même
Depuis les prémices de la guerre en 2014, quand les séparatistes prorusses ont fait sécession dans le Donbass, jusqu’à l’invasion à grande échelle de février 2024, le journaliste français Paul Gogo a vu la Russie de Poutine se refermer sur elle-même, et s’isoler du monde. Malgré l’humour, cet antidote au désespoir dont il s’efforce de faire preuve, son dernier livre, « Moscou Parano », est une plongée inquiétante dans un univers dystopique.
Correspondant en Ukraine, puis en Russie depuis 2017
Correspondant en Ukraine, puis en Russie depuis 2017, vous étiez l’un des derniers journalistes français encore présents à Moscou. Pourquoi avoir décidé de rentrer en France ? Paul Gogo explique qu’il s’est installé comme correspondant en Russie en 2017, après avoir suivi les mouvements séparatistes du Donbass. Son expérience l’a conduit à observer de près l’évolution du pays sous le régime de Poutine.
Le journaliste décrit un environnement où la délation est omniprésente, créant un climat de méfiance généralisée. La propagande d’État s’est intensifiée au fil des années, renforçant l’isolement de la Russie sur la scène internationale. Gogo souligne comment cette situation affecte la vie quotidienne des citoyens, limitant les libertés individuelles et étouffant toute forme de dissidence.
Dans son livre, il explore les mécanismes de contrôle et de surveillance qui caractérisent la société russe contemporaine. Les dénonciations, encouragées par les autorités, sont devenues un outil de répression, alimentant la paranoïa collective. Gogo note que même les relations personnelles sont souvent minées par la peur de la trahison.
Le témoignage de Paul Gogo offre un aperçu précieux des réalités complexes de la Russie actuelle, mettant en lumière les défis auxquels sont confrontés les journalistes et les citoyens dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. Son départ marque la fin d’une ère pour le journalisme français dans le pays, reflétant les difficultés accrues à exercer cette profession dans un environnement de plus en plus hostile.



