L'Allemagne pleure Habermas, la Hongrie à la croisée, le Canada face aux USA
Allemagne pleure Habermas, Hongrie à la croisée, Canada face USA

L'Allemagne rend hommage à Jürgen Habermas, disparu à 96 ans

Le monde philosophique est en deuil. Jürgen Habermas, l'une des figures intellectuelles les plus marquantes d'Allemagne, s'est éteint samedi dernier à l'âge de 96 ans. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a salué « un grand penseur des Lumières » dont l'esprit analytique a profondément influencé le débat démocratique bien au-delà des frontières nationales. Le chancelier Friedrich Merz a quant à lui décrit Habermas comme « un phare dans la tempête », soulignant son rôle essentiel dans la vie intellectuelle allemande.

Un héritage philosophique monumental

Mark Hunyadi, ancien élève de Habermas à Francfort, rappelle dans Le Temps que le philosophe a consacré sa vie à construire des ponts entre la philosophie anglo-américaine et la tradition allemande, tout en dialoguant avec la pensée française contemporaine. Ses cours au Collège de France, rassemblés dans Le Discours philosophique de la modernité, témoignent de cette ouverture intellectuelle exceptionnelle.

Dans ses dernières années, Habermas s'est particulièrement intéressé aux relations complexes entre foi et savoir. Cette réflexion, initiée après les attentats du 11 septembre 2001, a abouti à sa monumentale Histoire de la philosophie publiée à 90 ans. Comme le note Eckhard Fuhr dans Welt am Sonntag, Habermas a évolué dans sa pensée : d'une position exigeant que les religions se traduisent en « langue séculière » pour être compréhensibles par tous, il en est venu à reconnaître que les événements contemporains « faisaient vibrer une corde religieuse dans la société séculière ».

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Controverses politiques récentes

La position de Habermas sur la guerre en Ukraine a suscité de vives réactions. Dans un texte publié par le Süddeutsche Zeitung en avril 2022, il présentait le dilemme occidental comme un choix entre « la défaite de l'Ukraine ou l'escalade vers une troisième guerre mondiale ». Cette prise de position, critiquant ce qu'il appelait la « conversion belliciste » des anciens pacifistes, lui a valu des reproches, notamment du Guardian qui le qualifiait de « philosophe de cour du parti social-démocrate ».

La Hongrie à un tournant décisif

Alors que les élections approchent le 12 avril, la Hongrie se trouve « à la croisée des chemins » selon le quotidien autrichien Der Standard. Le maire de Szolnok, Mihaly Györfi, accuse Viktor Orban de mentir au peuple : « Lui et les siens prêchent l'eau, mais boivent du vin ». L'économie stagne, les abus de pouvoir et la corruption sont endémiques.

La question centrale pour les électeurs hongrois est claire : souhaitent-ils briser l'hégémonie du système Orban après seize ans de règne ? L'axe traditionnel droite-gauche s'est effacé au profit d'un clivage plus fondamental entre partisans et opposants au régime actuel.

Orban, pourtant donné perdant dans les sondages, mène une campagne centrée sur l'opposition à Bruxelles et à l'Ukraine. Il bloque le prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à Kiev et a fait saisir 69 millions en liquide ainsi que neuf lingots d'or appartenant à l'Ukraine. Son argument unique : l'opposition, sous influence européenne, chercherait à entraîner la Hongrie dans une guerre contre la Russie.

Le Canada, cette « véritable Amérique »

Le quotidien polonais Gazeta Wyborcza propose une analyse comparative fascinante des systèmes politiques canadien et américain, titrant son reportage « Voici la véritable Amérique ». Alors que Donald Trump a suggéré d'annexer le Canada comme 51e État américain, les dirigeants canadiens ont répondu avec une fermeté unanime : leur souveraineté n'est pas négociable.

Deux visions radicalement différentes de l'État

Les différences entre les deux pays sont profondes. Les États-Unis se sont construits sur une rupture révolutionnaire avec la monarchie britannique, tandis que le Canada, membre fondateur du Commonwealth, reconnaît le roi Charles III comme chef d'État. La Confédération canadienne de 1867 est née d'un compromis entre provinces, sans révolution.

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Cette divergence fondatrice se reflète dans les mentalités : les Américains voient souvent l'État comme une menace potentielle pour leurs libertés individuelles, alors que les Canadiens le considèrent comme un outil nécessaire au maintien de l'ordre et de la prospérité dans leur vaste territoire. « Dans l'imaginaire canadien, l'État n'est pas une menace pour les libertés, mais l'une de ses conditions », souligne le reportage.

Conséquences politiques concrètes

Le système parlementaire canadien, né du compromis, contraste avec le régime présidentiel américain « né de la méfiance ». Même les provinces les plus conservatrices comme l'Alberta maintiennent un système de santé universel, et les provinces progressistes comme le Québec ne connaissent pas l'équivalent de la « droite religieuse » du parti républicain américain.

Ironiquement, une annexion du Canada par les États-Unis affaiblirait considérablement le parti républicain, qui perdrait toute chance d'obtenir la majorité au Congrès avec l'arrivée de nouveaux électeurs canadiens.

Enjeux politiques aux États-Unis

La scène politique américaine reste marquée par des divisions profondes. Le vice-président J.D. Vance, initialement hostile à l'intervention en Iran selon des révélations de Politico, a finalement soutenu la décision présidentielle une fois celle-ci prise, illustrant la discipline de parti qui prévaut.

Les démocrates, quant à eux, sont déchirés entre partisans d'un retour à la normale après l'ère Trump et tenants d'une rupture franche avec l'ordre existant. Ce clivage recoupe en partie le débat sur les relations avec Israël, certaines factions allant jusqu'à prôner l'arrêt des ventes d'armes à l'État hébreu.

Les primaires démocrates révèlent ces tensions, comme dans le Maine où Graham Platner, un « populiste progressiste de rupture » soutenu par Bernie Sanders, affronte la sénatrice sortante Janet Mills. Platner qualifie la guerre à Gaza de génocide et propose des réformes radicales, suscitant des craintes au sein de l'appareil démocrate quant à son impact sur les électeurs modérés.

La bataille pour le contrôle du Sénat

Selon la Brookings Institution, le Texas pourrait déterminer quel parti contrôlera le Sénat en 2027. Bien que traditionnellement républicain (« rouge »), cet État voit émerger James Talarico, un candidat démocrate qui a obtenu d'excellents résultats auprès de l'électorat hispanique, désormais décisif avec plus de 40% de la population texane.

Les démocrates devront conserver des sièges menacés et en conquérir quatre pour obtenir la majorité au Sénat. Leurs meilleures chances se situent dans le Maine, en Caroline du Nord et dans l'Ohio, mais c'est peut-être au Texas que se jouera la surprise électorale la plus significative.