Tchernobyl : 40 ans après, la mémoire radioactive
Ce dimanche 26 avril, le monde commémore le quarantième anniversaire de l'une des pires catastrophes de l'histoire contemporaine : l'accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Cette nuit-là, dans l'Ukraine soviétique, à 130 kilomètres au nord de Kiev, le réacteur numéro 4 a explosé, libérant dans l'atmosphère des quantités massives de particules radioactives. Pendant une dizaine de jours, ce flux mortel s'est échappé de la centrale éventrée, les vents dispersant ce nuage de malheur au-delà des frontières, emportant avec lui les mensonges sanglants de cette débâcle.
Sur l'échelle des plaies infligées à notre planète, cet accident surpasse celui de la centrale de Fukushima au Japon en 2011. Plus grave encore, Tchernobyl n'est pas une momie inoffensive. Frappé par un drone russe en février 2025, son sarcophage d'acier a été perforé, alors que la radioactivité menace toujours. Et ce, y compris loin de l'Ukraine. Dans certaines régions françaises, notamment dans les Pyrénées-Atlantiques, des traces notables de la catastrophe polluent encore les sols. Ces particules sont un poison lent, presque éternel.
Un anniversaire d'une brûlante actualité
Ce triste anniversaire vient nous rappeler que le défi de l'énergie est encore loin d'être gagné. En France, le nucléaire alimente trois batailles essentielles : la lutte contre le réchauffement climatique, l'indépendance énergétique et nos besoins exponentiels en électricité. Pour décarboner notre économie et ne plus dépendre du gaz russe, Emmanuel Macron a décidé de relancer cette filière. Alors que la France devait fermer douze de ses cinquante-six réacteurs d'ici à 2035, elle projette d'en construire six nouveaux, des EPR de nouvelle génération.
Mais ce choix ne peut occulter le vieillissement de nos centrales. Comment oublier qu'en 2022, vingt et un réacteurs ont été mis à l'arrêt après des problèmes de corrosion, obligeant chacun à surveiller sa consommation d'électricité ? Comment oublier aussi le fiasco de la construction de l'EPR de Flamanville, avec ses douze ans de retard et une facture de 23,7 milliards d'euros ? À l'appui de ce raté monumental, comment croire que nos six futurs EPR entreront en service en 2035 ? Sachant qu'on ne peut pas exclure que leurs 80 milliards d'euros de coût estimé ne dégringolent pas dans les caisses vides de l'État…
Ces quarante ans de Tchernobyl ne viennent pas seulement nous rappeler que le nucléaire ne tolère aucun faux pas ; ils viennent surtout nous rappeler que le défi de l'énergie – entre le nucléaire et les renouvelables – est encore loin d'être gagné. Espérons qu'il éclaire la prochaine présidentielle.



