Pour la première fois en 44 ans, la centrale nucléaire de Paks, l'unique du pays, a cessé de produire de l'électricité en Hongrie, dimanche, en raison du niveau très bas du Danube qui ne permet plus d'assurer son refroidissement. Alors qu'une vague de chaleur et une sécheresse intense touchent une grande partie de l'Europe, l'exploitant a dû réduire puis interrompre la production pour éviter tout risque de surchauffe.
Un débit insuffisant dans le Danube
Dimanche matin, la centrale, d'une puissance de 2 gigawatts, ne fonctionnait déjà plus qu'à un peu plus de 10 % de sa capacité. Selon l'agence hongroise de gestion de l'eau, le niveau du fleuve va continuer de baisser dans les prochains jours. Les autorités ont donc pris la décision de mettre complètement à l'arrêt les réacteurs dimanche après-midi, afin de préserver la sûreté de l'installation.
Cette situation inédite s'explique par la sécheresse prolongée qui frappe le bassin du Danube. Les centrales nucléaires nécessitent d'importantes quantités d'eau pour refroidir leurs circuits, et lorsque le débit du fleuve devient trop faible, les rejets d'eau chaude risquent de ne plus être conformes aux normes environnementales et de température.
Péter Magyar appelle à la mobilisation
Dans une vidéo publiée sur Facebook, le Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a prévenu que « les cinq jours les plus critiques » restaient à venir. « Demain, la centrale de Paks ne produira pas d'électricité, alors que les journées les plus chaudes sont à venir », a-t-il déclaré. Les températures doivent en effet atteindre jusqu'à 40 °C cette semaine en Hongrie. Il a ajouté : « Le réseau électrique, nos services publics et nous-mêmes serons tous soumis à une pression énorme. »
Le chef du gouvernement a également indiqué que la centrale, qui fournit environ 40 % de la production annuelle d'électricité du pays, pourrait rester à l'arrêt pendant plusieurs semaines. En conséquence, il a demandé aux entreprises, aux services publics, aux collectivités locales et aux ménages de réduire fortement leur consommation électrique ou de la décaler entre 17 heures et 22 heures, aux heures de pointe.
Des restrictions possibles pour les grandes entreprises
Le gouvernement doit décider dimanche soir s'il impose dès lundi des restrictions obligatoires de consommation d'électricité aux grandes entreprises. Cette mesure aurait un impact économique significatif, alors que le pays cherche à éviter des coupures de courant généralisées.
Outre les désagréments pour la population, cette crise aura un coût financier très lourd pour l'État hongrois. Mark Radnai, vice-président du parti Tisza de Péter Magyar, a déploré que la situation va « coûter des centaines de millions d'euros » en raison de la flambée des prix de l'électricité importée pour compenser l'arrêt de la centrale.
Un symbole de la vulnérabilité du nucléaire face au climat
La mise à l'arrêt de Paks, vieille de plus de quatre décennies, intervient dans un contexte de multiplication des épisodes de sécheresse en Europe, qui affectent également d'autres filières énergétiques, comme l'hydroélectricité ou le charbon, dont le refroidissement dépend aussi des ressources en eau. Cette crise montre les limites du parc nucléaire lors d'épisodes de canicule extrême, un défi que doivent relever de nombreux pays.
La Hongrie s'efforce de sécuriser son approvisionnement électrique, mais la fermeture prolongée de sa principale source de production pourrait entraîner des perturbations sur le réseau. Le gouvernement examine des solutions de remplacement, notamment le recours aux importations et l'augmentation de la production des centrales à gaz. Toutefois, ces alternatives pourraient ne pas suffire à combler le déficit en pleine période de pic de consommation.
La décision de mettre à l'arrêt la centrale a été saluée par les experts en sûreté, qui estiment que la priorité doit rester la protection des installations et de la population. Cependant, l'approvisionnement électrique du pays reste fragile, et les prochaines semaines seront décisives pour éviter une pénurie généralisée.



