La mort d'Étienne Davignon, ancien ministre belge des Affaires étrangères et figure influente de l'Europe, a mis un terme à l'espoir d'un procès pour l'assassinat de Patrice Lumumba, le premier Premier ministre du Congo indépendant. Davignon, décédé à l'âge de 94 ans, était l'un des derniers témoins clés de cette affaire qui empoisonne les relations belgo-congolaises depuis plus de six décennies.
Un acteur central de la décolonisation
Étienne Davignon a joué un rôle central dans la politique africaine de la Belgique dans les années 1960. En tant que chef de cabinet du ministre des Affaires africaines, il était impliqué dans les décisions qui ont conduit à l'assassinat de Lumumba le 17 janvier 1961, dans des circonstances encore troubles. Les enquêtes historiques ont montré que des responsables belges, dont Davignon, avaient connaissance des plans d'élimination du leader congolais.
Les poursuites judiciaires anéanties
Les familles de Lumumba et des associations de défense des droits de l'homme espéraient depuis longtemps un procès en Belgique. En 2021, une plainte avait été déposée contre Davignon et d'autres anciens responsables pour crime de guerre. Mais la justice belge avait classé l'affaire en raison de la prescription et de l'immunité des anciens ministres. La mort de Davignon enterre définitivement toute perspective de poursuites.
Pour les proches de Lumumba, c'est une nouvelle injustice. Sa fille, Juliana Lumumba, a exprimé sa déception : « Nous perdons la chance de connaître toute la vérité et d'obtenir justice. » Les historiens soulignent que ce décès clôt un chapitre douloureux de l'histoire coloniale belge.
Un héritage controversé
Étienne Davignon a toujours nié toute responsabilité directe dans l'assassinat. Il affirmait n'avoir eu connaissance que tardivement des événements. Pourtant, les archives déclassifiées montrent qu'il participait aux réunions où le sort de Lumumba était scellé. Son rôle dans la création de l'Union européenne et dans l'industrie nucléaire belge a souvent occulté cette part sombre de son passé.
La mort de Davignon relance le débat sur la nécessité d'une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur ce crime d'État. Des voix s'élèvent pour demander à la Belgique de reconnaître officiellement sa responsabilité et de présenter des excuses à la République démocratique du Congo.



