Des dizaines de milliers de sympathisants du militant anti-immigration et anti-islam Tommy Robinson ont défilé samedi dans les rues de Londres dans une marée de drapeaux britanniques, sans incident majeur tandis qu'une marche propalestinienne et antiraciste avait lieu en parallèle.
Un dispositif policier exceptionnel
La police avait mis en place un dispositif de maintien de l'ordre d'une envergure exceptionnelle, avec près de 4.000 agents mobilisés pour éviter les débordements, alors que se tenait également la finale de la Coupe d'Angleterre de football. Les forces de l'ordre, qui ont arrêté 31 personnes, ont souligné que ces événements avaient eu lieu sans « incident majeur », et que la plupart des manifestants avaient quitté les lieux en fin d'après-midi.
Peu auparavant, les sympathisants de Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, étaient massés sur l'esplanade à côté du Parlement britannique, écoutant militants d'extrême droite, musiciens et prédicateurs chrétiens se succéder à la tribune.
Un rassemblement baptisé « Unite The Kingdom »
Avec cette manifestation baptisée « Unite The Kingdom » (« Unir le royaume »), ce militant très populaire sur X, qui a fait plusieurs séjours en prison, avait l'ambition de reproduire le succès de sa marche du mois de septembre, qui avait vu jusqu'à 150.000 personnes affluer à Londres pour défendre la « liberté d'expression ». La police, qui n'a pas encore communiqué sur la participation, disait s'attendre à ce qu'elle dépasse les 50.000 personnes.
Un contexte politique tendu
Ce rassemblement n'est pas affilié au parti anti-immigration Reform UK. Mais il intervient une semaine après le succès électoral obtenu lors de scrutins locaux par la formation de Nigel Farage, en tête des sondages pour les prochaines législatives prévues en 2029.
Drapé dans l'Union Jack, Dennis Evans, 81 ans, est « heureux » que ses idées recueillent un soutien grandissant, même s'il estime que les politiques proposées par Reform UK ne sont « pas encore assez à droite ». « Tommy Robinson est un patriote […] qui œuvre à faire revivre l'esprit anglais », juge ce retraité, qui dit à l'AFP être en faveur d'une « remigration », politique d'expulsion massive de personnes étrangères ou d'origine étrangère.
Sont aussi montées sur scène des militantes du collectif identitaire français Némésis, dont sa présidente Alice Cordier, vêtues de niqabs pour dénoncer « l'islamisme en Europe ». Dans la foule, certains brandissent des croix, des portraits de Jésus, et tous reprennent en cœur des paroles à sa gloire, galvanisés par les prêcheurs sur scène. D'autres, vêtus de tuniques et heaumes de chevaliers, exhortent à « repartir en croisade ».
Des mesures de sécurité renforcées
Véhicules blindés, drones et hélicoptères, ainsi que des caméras de reconnaissance faciale en direct – une première dans le cadre d'une manifestation –, avaient été déployés pour l'occasion. Downing Street avait de son côté annoncé que 11 « agitateurs étrangers d'extrême droite » avaient été interdits d'entrée au Royaume-Uni. Le Premier ministre travailliste Keir Starmer a qualifié vendredi les organisateurs de cette manifestation de « voyous » et de « racistes condamnés par la justice, qui colportent la haine et la division ».
La marche propalestinienne en parallèle
Des mesures avaient été prises pour tenir à distance les sympathisants de Tommy Robinson et les participants à une marche propalestinienne, qui étaient plusieurs milliers selon l'AFP. Cette manifestation était organisée pour commémorer la « Nakba » (« Catastrophe » en arabe), la fuite et l'expulsion d'environ 760.000 Palestiniens lors de la création de l'Etat d'Israël, et pour s'opposer à l'extrême droite.
« Racistes hors de nos rues, réfugiés bienvenus », ont scandé les participants, dont beaucoup portaient des keffiehs et agitaient des drapeaux palestiniens. « L'extrême droite se sent pousser des ailes – nous sommes ici pour tenter de contrer cela », a déclaré Simon Ralls, 62 ans, originaire de Nottingham, à l'AFP. Venu de Cardiff, Charlie s'insurge que « de vrais fascistes qui tiennent des propos racistes […] soient autorisés à marcher dans les rues de Londres ». La police londonienne avait promis d'arrêter toute personne qui scanderait « Mondialisons l'intifada », référence aux soulèvements palestiniens contre l'armée israélienne.
Un contexte de menace terroriste accrue
Ces rassemblements se tiennent alors que le Royaume-Uni a rehaussé début mai son niveau de menace terroriste d'un cran, à « sévère », citant une hausse de la « menace islamiste et d'extrême droite ».



