Guerre au Moyen-Orient : l'île de Kharg, poumon pétrolier iranien, reste une ligne rouge non franchie
Dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, l'île de Kharg, véritable pilier de l'économie iranienne, représente une cible idéale pour affaiblir le régime des mollahs. Pourtant, elle a été épargnée par les alliés américano-israéliens depuis le début du conflit, une retenue qui pourrait bientôt céder alors que les hostilités s'éternisent.
Une infrastructure cruciale pour l'Iran et les marchés mondiaux
Avec seulement 25 km² de superficie, Kharg, située dans le golfe Persique à une trentaine de kilomètres des côtes iraniennes, ne paie pas de mine. Cependant, cette petite île corallienne longue de huit kilomètres est entourée d'eaux profondes essentielles pour l'amarrage des superpétroliers. Chaque jour, entre 1,3 et 1,6 million de barils de pétrole y sont acheminés par oléoducs, représentant près de 90% des exportations de brut iranien.
Si les infrastructures de raffinage près de Téhéran ont déjà été bombardées, plongeant la capitale dans une fumée noire décrite comme "apocalyptique", Kharg reste la ligne rouge que les alliés hésitent à franchir. Une attaque contre cette île priverait l'Iran de la majeure partie de ses revenus pétroliers, mais risquerait de déclencher un effet domino catastrophique sur les marchés énergétiques mondiaux.
Les risques économiques et géopolitiques derrière la retenue
Selon Neil Quilliam, chercheur au think tank Chatham House, la prudence des États-Unis et d'Israël s'explique par des enjeux financiers majeurs. "Le prix du baril, qui s'élevait à 120 dollars lundi, pourrait bien atteindre les 150 dollars si Kharg venait à être attaqué", prévient-il, soulignant que ce site est trop crucial pour les marchés mondiaux. Une analyse de JP Morgan ajoute qu'une telle attaque pourrait provoquer de graves représailles dans le détroit d'Ormuz, avec des répercussions dévastatrices.
Malgré cela, Donald Trump a concédé que les prix du pétrole passaient après la nécessité de stopper l'Iran, affirmant même que leur flambée permettait aux États-Unis de "gagner beaucoup d'argent". Un autre facteur clé est la présence de la Chine : près de 90% du pétrole iranien est destiné à l'Empire du Milieu. Depuis le début de la guerre, Téhéran a acheminé au moins 11,7 millions de barils de brut par le détroit d'Ormuz, tous vers la Chine. Toute action contre Kharg risquerait d'être mal perçue par Pékin, qui a déjà perdu un allié majeur avec la situation au Venezuela.
Les options militaires envisagées et leurs conséquences
Alors que le conflit s'intensifie, l'idée d'une neutralisation de Kharg gagne du terrain dans les cercles politiques israélo-américains. Yaïr Lapid, ancien Premier ministre israélien, a déclaré sur X qu'Israël devait détruire tous les champs pétroliers sur l'île pour anéantir l'économie iranienne. Côté américain, Michael Rubin, ancien conseiller au Pentagone, soutient qu'un blocus total priverait les Gardiens de la révolution de leurs revenus principaux.
Pour éviter les conséquences d'une frappe, une option de saisie de l'île avec des troupes au sol a été évoquée par l'administration américaine, selon le média Axios. Cependant, Kamran Matin, maître de conférences en relations internationales, analyse qu'une telle occupation nécessiterait de contrôler davantage de territoire sur le continent, éloignant les États-Unis de leur mission originale. Malgré les risques, un tel déploiement "n'est pas inconcevable", mais représenterait une décision lourde de conséquences pour Trump, susceptible de changer le cours de la guerre.
En résumé, l'île de Kharg reste un enjeu stratégique majeur dans la guerre au Moyen-Orient, où les considérations économiques mondiales et les tensions géopolitiques avec la Chine tempèrent pour l'instant les ardeurs militaires, mais la pression pour agir ne cesse de croître.



