Les États-Unis et Israël n'ont pas été les seuls pays à mener des actions militaires contre l'Iran. Comme l'a révélé le Wall Street Journal en début de semaine, les Émirats arabes unis (EAU) ont également bombardé le territoire iranien, à l'aide de Mirages et de F-16, sans toutefois le reconnaître officiellement. Ils ont notamment rendu hors d'usage pour plusieurs mois une raffinerie de pétrole située sur l'île de Lavan début avril, au moment où le cessez-le-feu venait d'être annoncé par les États-Unis, après cinq semaines de campagne aérienne, mais n'était pas encore entré en vigueur. L'Iran n'avait alors pas nommé directement son agresseur mais avait riposté par une salve de missiles et de drones sur le territoire des Émirats.
L'Arabie saoudite opte pour une réponse mesurée
L'Arabie saoudite, de son côté, a répondu fin mars aux attaques contre ses infrastructures énergétiques et civiles, comme le révèlent Reuters et le Financial Times, mais sa réponse a été plus mesurée. Le pays a indiqué à Téhéran qu'il se défendait mais n'entendait pas se joindre à la coalition israélo-américaine. Deux réactions qui montrent combien le conflit a vite débordé le cadre des trois protagonistes initiaux et impliqué la région tout entière.
Le Qatar choisit de s'abstenir
Le scénario de représailles à leur égard était redouté par les pays du Golfe en cas d'attaque de Washington et Tel-Aviv contre l'Iran. Riyad en avait averti Washington et avait invité son allié à poursuivre la voie diplomatique. Tous avaient d'ailleurs annoncé au début du conflit qu'ils ne permettraient pas aux États-Unis et à Israël l'usage de leurs bases ou de leurs espaces aériens. Mais cette volonté de neutralité ne les a guère préservés : les Émirats arabes unis ont été le pays le plus ciblé, avec 2 800 missiles et drones iraniens tirés contre lui. Des attaques qui ont totalement désorganisé la vie du pays et terni son image de havre de paix et de stabilité.
Outre leur riposte militaire, les Émirats ont depuis renforcé leur coopération avec les États-Unis, et soutenu des projets de résolution aux Nations unies autorisant le recours à la force pour briser le blocage de l'Iran sur le détroit d'Ormuz. Ils ont également pris des mesures contre les intérêts financiers de l'Iran, en fermant à Dubaï des écoles et des clubs liés à Téhéran et en refusant d'accorder des visas aux citoyens iraniens.
Frappée par des attaques qui ont réduit sa capacité de production de pétrole de 600 000 barils par jour et diminué le débit de l'oléoduc Est-Ouest, d'une importance cruciale, de 700 000 barils par jour, l'Arabie saoudite, elle, a opté pour une réponse plus restreinte. Selon les déclarations au Financial Times de Firas Maksad, directeur pour le Moyen-Orient d'Eurasia Group, "même lorsque l'Arabie saoudite a riposté, les voies de communication avec l'Iran sont restées ouvertes afin d'éviter une escalade incontrôlable". Selon des responsables iraniens et occidentaux, l'Arabie saoudite a informé en amont l'Iran de ses frappes. Sa politique a fonctionné : selon un décompte de Reuters, le nombre d'attaques par drones et missiles contre son territoire est passé de plus de 105 lors de la semaine du 25 au 31 mars à un peu plus de 25 entre le 1er et le 6 avril.
Le Qatar, pour sa part, a envisagé la possibilité d'une riposte après que ses installations gazières ont été frappées, mais a finalement jugé plus sage de s'abstenir pour ne pas alimenter une escalade.
Netanyaou sème le trouble
Le positionnement des pays du Golfe est un enjeu majeur du conflit, qui fait l'objet de différentes manœuvres. Le cabinet du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyaou, a en effet déclaré hier s'être rendu sur le territoire des Émirats arabes unis lors du conflit et avoir tenu une réunion secrète avec son président, Mohammed ben Zayed, afin de coordonner leurs actions militaires. Un communiqué démenti par Abou Dabi mais qui n'a pas manqué de faire réagir le ministre des Affaires étrangères iranien lors du sommet des Brics à New Delhi, ce jeudi 14 mai. "Il est désormais évident qu’ils ont participé à ces attaques, peut-être même qu’ils ont agi directement contre nous", a accusé Abbas Araghchi à propos des Émirats, n'hésitant pas à faire la leçon aux pays du Golfe : leur stratégie d'alignement sur les États-Unis ne garantissant pas leur sécurité, il leur importerait de revoir leur politique à l'égard de l'Iran. "Nous devons vivre côte à côte en paix, ce qui nécessite des relations pacifiques et une entente totale entre les deux pays [NDLR : l'Iran et les EAU]", a-t-il osé.



