Le régime iranien face à une contestation inédite
Le régime de l'ayatollah Ali Khamenei traverse l'une des crises les plus graves de son histoire. Depuis le 28 décembre, une révolte populaire partie du Grand Bazar de Téhéran s'est propagée à tout le pays, rassemblant commerçants, étudiants et citoyens de toutes les classes sociales. Les manifestants protestent contre l'inflation galopante, la chute du rial et l'autoritarisme du régime. La répression est féroce : au moins 648 personnes ont été tuées et plus de 10 600 arrêtées, selon des ONG.
Un régime en sursis mais toujours debout
Malgré l'ampleur du mouvement, le régime tient encore. « C'est une caractéristique du régime iranien : ce n'est pas une famille qui est au pouvoir, mais un ensemble de factions qui se ressoudent face aux menaces », explique Jonathan Piron, chercheur spécialiste du Moyen-Orient. Aucune division majeure n'est apparue au sein du clergé chiite, des forces armées ou de sécurité. Cependant, certains responsables souhaiteraient le départ de Khamenei, ce qui pourrait fragiliser le système à long terme.
Le régime tente de manipuler l'opinion en accusant les États-Unis d'instrumentaliser la contestation. « C'est une façon d'asseoir sa répression et de délégitimer les manifestants », analyse Jonathan Piron. Mais la brutalité des autorités attise la colère populaire, créant un cercle vicieux.
Une opposition sans leader clair
Un des atouts des ayatollahs est l'absence d'un leader charismatique dans l'opposition. Les contestataires sont fragmentés et la diaspora iranienne est divisée. La figure de Reza Pahlavi, fils de l'ancien chah, émerge par défaut, mais il est contesté. « Les gens ne veulent pas passer d'une dictature à une autre », résume Karim Émile Bitar, directeur de recherche à l'Iris.
Le rôle des États-Unis et la menace de Trump
Donald Trump a menacé d'intervenir militairement et a imposé des sanctions économiques. « Tout pays qui fait affaire avec l'Iran paiera un droit de douane de 25 % sur ses transactions avec les États-Unis », a-t-il annoncé. Cependant, une intervention américaine pourrait déstabiliser davantage la région sans garantir une transition démocratique. « Le risque d'un bourbier à l'afghane ou à l'irakienne est réel », prévient Karim Émile Bitar.
Les experts redoutent un scénario à l'égyptienne, où le régime changerait de comportement sans disparaître, devenant inféodé aux États-Unis. L'opposition et la diaspora craignent que Washington ne se désintéresse des manifestations après avoir obtenu des concessions.
Quelles perspectives pour l'Iran ?
La crise actuelle s'inscrit dans la continuité des mouvements de contestation depuis 2009, mais elle est inédite par son ampleur et par le ralliement d'une partie des milieux d'affaires liés au pouvoir. « Le régime est à la croisée des chemins », affirme Karim Émile Bitar. L'issue reste incertaine : effondrement, réforme ou maintien du statu quo. La communauté internationale observe avec attention, tandis que les Iraniens continuent de manifester malgré la répression.



