Migrants bangladais : malgré la guerre au Moyen-Orient, l'impératif économique force le retour au travail
Malgré les bombes, la peur et le prix, Md Sakib n’a guère eu d’autre choix. À la fin de son congé au pays, ce travailleur migrant du Bangladesh est reparti pour l’Arabie saoudite, même si la guerre continue à faire rage au Moyen-Orient. « C’est normal d’avoir peur, d’être triste de devoir repartir », confie-t-il mercredi avant de s’engouffrer dans le terminal international de l’aéroport de la capitale Dacca, « personne ne sait vraiment ce qui peut arriver. Ma mère n’arrête pas de pleurer, pareil pour ma belle-sœur ».
Le poids des impératifs économiques
Quelque 7 millions de Bangladais ont fait le choix de l’expatriation pour trouver un emploi mieux payé qu’au pays. Nombre d’entre eux ont mis le cap sur les pays du Golfe, la plupart en Arabie saoudite. Md Sakib y travaille depuis quatre ans comme agent d’entretien. Les premiers missiles américains et israéliens tombés sur l’Iran l’ont surpris au Bangladesh, où il était rentré pour se marier.
Mais l’heure de la fin des vacances a sonné, alors, guerre ou pas, il a dû s’organiser pour rentrer. « Mon employeur avait acheté des billets via Bahreïn, mais ils ont été annulés », explique le jeune homme. « J’ai dû payer 48 000 takas (près de 350 euros) de ma poche pour un vol direct. »
Au milieu des passagers qui se pressent pour passer les premiers contrôles de sécurité qui les séparent du terminal, il embrasse une dernière fois son frère venu l’accompagner. « Ma mère n’arrête pas de pleurer, pareil pour ma belle-sœur », confie ce dernier, Md Monirul Islam, 26 ans. « Mon frère est une victime de la situation », ajoute-t-il, « il doit rentrer s’il veut survivre et assurer son avenir ».
Une fatalité familiale
Dans la même cohue, il y a aussi Safia Khatun. Même si des dizaines de milliers de touristes coincés au Moyen-Orient continuent de fuir les pays entraînés dans la guerre, son fils Md Sajjad, 24 ans, s’apprête à faire le chemin inverse et à rejoindre son frère au Koweït. « Les garçons doivent partir », assure la mère, fataliste, « de toute façon, qu’est-ce qu’ils pourraient bien faire ici ? »
La situation reste pourtant dangereuse dans les pays du Golfe qui restent soumis aux bombardements de drones et de missiles de Téhéran, met en garde un responsable du ministère bangladais en charge des expatriés. Cette réalité souligne le dilemme cruel auquel font face ces travailleurs : risquer leur vie ou affronter la précarité économique au pays.
Une famille endeuillée témoigne
Mizanur Rahman en sait quelque chose. Son frère Mosharraf Hossain est mort le 8 mars lors d’une attaque aérienne iranienne qui visait la base américaine d’Al-Kharj. Il raconte le dernier coup de fil de son frère à la famille, une heure avant la frappe qui lui a ôté la vie. « Il a dit à mon neveu de lui acheter une paire de chaussures et des vêtements neufs pour l’Aïd », la célébration de la fin du mois de Ramadan, rapporte le frère avec émotion. « Et puis il a aussi promis de rappeler sa femme après la rupture du jeûne. »
Mosharraf Hossain travaillait depuis huit ans en Arabie saoudite et n’était rentré dans son Bangladesh natal que deux fois depuis. Mizanur Rahman souligne que son frère défunt n’a pas eu le temps de rembourser la totalité du prêt contracté pour partir. « Tout le monde s’efforce de rassurer sa famille, mais je ne sais pas s’ils vont pouvoir s’en sortir sans lui », redoute-t-il.
Ce témoignage poignant illustre les sacrifices et les risques encourus par ces migrants, dont la survie économique dépend souvent de leur présence dans des zones de conflit. La guerre au Moyen-Orient ne semble pas freiner cet exode forcé, alimenté par la nécessité de subvenir aux besoins des familles restées au pays.



