La Logique de la Migration : Démystifier les Idées Reçues pour un Débat Rationnel
La Logique de la Migration : Pour un Débat Rationnel

La Logique de la Migration : Un Ouvrage Indispensable pour Éclairer le Débat Public

Débattre de la question des migrations constitue aujourd'hui un exercice particulièrement périlleux, tant sur la scène politique que dans le milieu universitaire, où l'émotion tend fréquemment à supplanter la réflexion rationnelle. L'objectif principal du livre de Hein de Haas, professeur de sociologie à l'université d'Amsterdam, est précisément d'aider les discussions publiques à transcender ces mythes, qu'ils soient positifs ou négatifs. Si La Logique de la migration risque d'irriter de nombreux lecteurs, sa lecture s'impose comme une nécessité absolue pour quiconque aspire à mener un débat intelligent et informé sur ce sujet complexe.

Un Rappel Historique et une Inversion des Flux Migratoires

L'ouvrage débute par un rappel historique essentiel : notre Europe, après avoir été un réservoir majeur d'émigration vers les Amériques, l'Afrique et même l'Asie – avec pas moins de 48 millions d'Européens ayant quitté le continent entre 1846 et 1924 –, est devenue l'une des destinations les plus enviées au monde. La donnée nouvelle, qui ne cesse de s'accélérer depuis les années 1960, réside dans l'inversion spectaculaire des flux migratoires, principalement du Sud vers le Nord, bien que d'autres routes existent également, reflétant les bouleversements profonds de l'économie globale.

La technologie a joué un rôle crucial dans cette transformation. La rapidité et la démocratisation des moyens de transport, avec l'avion comme instrument technologique dominant, ont considérablement réduit notre espace-temps, facilitant ainsi les déplacements à l'échelle mondiale.

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La Diversité des Réalités Migratoires à Travers le Monde

Hein de Haas nous rappelle avec force qu'il existe des migrations, et non point une migration, terme trop souvent utilisé comme un mot-valise réducteur. Par exemple, en Chine, on observe une migration massive de main-d'œuvre, mais celle-ci est strictement interne à ce pays continent, impliquant des centaines de millions de travailleurs qui soutiennent son économie face à un hiver démographique. Point, ou très peu, d'étrangers ou d'immigrés dans ce contexte spécifique.

Les réalités migratoires sont donc multiples et variées. En Afrique, en Asie et même en Amérique du Sud, les mixités humaines restent moins développées qu'en Amérique du Nord, en Europe ou en Océanie. Chaque continent et chaque pays possèdent des spécificités migratoires profondément ancrées dans leur histoire longue. La France, par exemple, accueille l'immigration africaine la plus importante d'Europe, avec un immigrant sur deux provenant de son ancienne zone d'influence coloniale.

Cette situation contraste fortement avec celle de l'Espagne, irriguée par les originaires de ses anciennes colonies sud-américaines, peuplées d'hispanophones. Cette différence explique en partie pourquoi l'immigration espagnole rencontre généralement moins de problèmes d'intégration et d'accès au marché du travail que la nôtre, qui est la moins qualifiée des pays de l'OCDE et la plus pauvre de l'Union européenne. Cela ne signifie pas pour autant que personne ne parvient à s'intégrer en France ; les exemples de réussite sont nombreux et témoignent du contraire.

La Nécessité de Corréler l'Immigration aux Données Sociales

L'apport le plus utile du livre de Hein de Haas réside dans son insistance sur le fait que les effets des immigrations ne peuvent être appréhendés que s'ils sont corrélés aux données sociales. L'auteur affirme avec conviction : « Nous ne pouvons dissocier les débats sur l'immigration des débats sur la politique économique, les normes du travail, les inégalités, la protection sociale, l'éducation, et la manière dont nous traitons les malades et les personnes âgées. »

Ce rappel essentiel, tel un pavé dans la mare de nos débats souvent simplistes, met en lumière que ce sont les pays les plus libéralisés, comme les États-Unis ou le Royaume-Uni, qui ont pendant longtemps si peu encadré le recours à la main-d'œuvre migrante, qu'elle soit légale ou non. Des patrons sans scrupules y voient leur avantage, exerçant une pression à la baisse sur les salaires des emplois peu ou pas qualifiés.

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Comme le souligne l'auteur en revisitant les mythes qui entourent l'immigration, les programmes de « libre circulation », souvent « conçus sous l'impulsion de lobbys économiques peu soucieux des conditions d'intégration et de protection des travailleurs, ne manquent pas de soulever des enjeux de justice sociale ». Ces dynamiques se font aux dépens des natifs, qui peuvent exprimer leur révolte par leur vote, mais pas uniquement. En prendre conscience permettra d'éviter bien des déboires aux pensées qui se veulent généreuses mais manquent parfois de rigueur analytique.

Didier Leschi est le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

© (Éditions Markus Haller) La logique de la migration. Comment les faits établis réfutent les mythes répandus, de Hein de Haas, traduit de l'anglais par Peggy Sastre (Éditions Markus Haller, 585 p., 28 €).