Les milliardaires chinois utilisent la GPA aux États-Unis pour créer des dynasties familiales
GPA aux États-Unis : les milliardaires chinois bâtissent des dynasties

La GPA américaine, outil de construction dynastique pour les milliardaires chinois

Entre héritage de la politique de l'enfant unique, désir de transmission familiale et opportunités offertes par le système juridique américain, des Chinois fortunés ont transformé la gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis en un instrument stratégique pour bâtir des dynasties familiales pérennes, comme l'explique Allane Madanamoothoo, chercheuse à EDC Paris Business School.

Le cas révélateur de Xu Bo et la pratique des centaines d'enfants

Le 13 décembre dernier, le Wall Street Journal a révélé une information pour le moins surprenante : Xu Bo, un milliardaire chinois du secteur des jeux vidéo, affirme être le père d'environ cent enfants nés aux États-Unis par gestation pour autrui. Cette pratique, où une mère porteuse accepte de porter un enfant pour le compte de parents d'intention, semble devenue monnaie courante parmi certains magnats chinois.

Le journal américain rapporte que d'autres riches Chinois ont régulièrement recours à des mères porteuses outre-Atlantique pour avoir des dizaines, voire des centaines d'enfants. Certains déclarent avoir acheté des dizaines d'ovocytes à des mannequins, des musiciennes ou des diplômées en finance, avec une préférence marquée pour les filles « afin de les marier un jour à des hommes puissants ». D'autres ambitionnent carrément de créer des « dynasties familiales inarrêtables ».

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L'héritage contraignant de la politique de l'enfant unique

Pour comprendre cette tendance, il faut remonter à la politique de natalité chinoise. Dès le début des années 1970, sous Zhou Enlai, une campagne de limitation des naissances est lancée avec le slogan « wan-xi-shao » (« Tard-Espacé-Peu »). En 1979, la politique de l'enfant unique est instaurée sous Deng Xiaoping, mêlant mesures incitatives et coercitives particulièrement sévères.

Bien qu'assouplie à partir de 1984 pour certaines familles rurales, puis en 2013 pour les couples urbains dont un conjoint est enfant unique, cette politique a créé une génération d'« enfants noirs » sans reconnaissance juridique sans paiement d'amendes substantielles. Même après son abolition en 2015 face au vieillissement démographique, puis l'autorisation de trois enfants en 2021, les mentalités et certaines pratiques coercitives semblent persister.

L'interdiction théorique mais la réalité florissante de la GPA en Chine

En Chine, la GPA est officiellement interdite depuis 2001 pour les établissements de santé, avec des amendes pouvant atteindre 30.000 yuans (environ 3630 euros). Pourtant, entre 2014 et 2019, on dénombrait plus de 400 agences de GPA clandestines et plus de 50.000 enfants nés de mères porteuses.

Ce marché parallèle a explosé ces dix dernières années, alimenté par des femmes trop âgées pour avoir un deuxième enfant après la fin de la politique de l'enfant unique, des couples infertiles ou homosexuels, et l'importance culturelle accordée à la perpétuation de la lignée familiale.

Les États-Unis, destination privilégiée pour la GPA transnationale

Selon une étude publiée en 2024 dans Fertility and Sterility, 41,7% des GPA gestationnelles aux États-Unis entre 2014-2020 étaient effectuées par des Chinois. Ce choix s'explique par plusieurs avantages décisifs.

D'abord, le 14e amendement de la Constitution américaine accorde automatiquement la citoyenneté à tout enfant né sur le territoire (sauf enfants de diplomates). Cette nationalité permet de contourner les quotas chinois et offre, à la majorité de l'enfant, la possibilité de demander des cartes vertes pour sa famille.

Ensuite, plusieurs États comme la Californie offrent un accès à la GPA sans conditions restrictives, avec des conventions exécutoires et une reconnaissance automatique des parents d'intention. Le couplage avec la fécondation in vitro et le diagnostic préimplantatoire permet même de sélectionner le sexe et certaines caractéristiques physiques de l'enfant.

Enfin, des rapports récents révèlent l'existence de plus de 107 agences de GPA gérées par des Chinois dans le sud de la Californie, s'adressant presque exclusivement à une clientèle chinoise fortunée, certaines étant affiliées à des entreprises publiques en Chine.

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Un marché lucratif mais un avenir incertain

Les États-Unis dominent le marché mondial de la GPA, estimé à 22,4 milliards de dollars en 2024, dont 17,47 milliards pour les seuls États-Unis. Le coût total varie généralement entre 120.000 et 150.000 dollars, pouvant atteindre 200.000 dollars, incluant fécondation in vitro, rémunération de la mère porteuse, compensation de la donneuse d'ovocytes, et frais d'agence et juridiques.

Pourtant, l'avenir de la GPA transnationale aux États-Unis semble incertain. Dès son investiture le 20 janvier 2025, Donald Trump a signé un décret remettant en cause le droit du sol, qui pourrait priver de nationalité américaine les enfants nés après le 19 février 2025 si aucun parent biologique n'est citoyen ou résident permanent. La Cour suprême doit statuer sur sa constitutionnalité.

Parallèlement, deux sénateurs républicains ont demandé au Department of Justice d'enquêter sur d'éventuelles violations des lois fédérales concernant les nombreuses GPA conclues par des Chinois richissimes. Au niveau international, l'ONU plaide pour l'abolition de la GPA, dénonçant l'exploitation et la marchandisation des mères porteuses et des enfants.

Cette situation complexe illustre comment des considérations démographiques historiques, des aspirations dynastiques et des opportunités juridiques transnationales se croisent pour créer un phénomène sociétal unique, où la reproduction devient un outil stratégique de construction familiale et de mobilité internationale.