Expatriés du Golfe face à la guerre : adaptation et résilience au quotidien
Expatriés du Golfe : comment ils vivent avec la guerre

La vie continue malgré les tensions au Moyen-Orient

Ils sont avocats, entrepreneurs, travaillent dans l'immobilier ou les technologies. Installés dans des pays du Golfe, des expatriés racontent comment ils s'adaptent depuis le début de la guerre en Iran et au Moyen-Orient, le plus souvent sans envisager de quitter leur pays d'accueil.

Entre calme et vigilance à Dubaï

Maria Palmou, avocate grecque de 46 ans spécialisée en contentieux, installée à Dubaï depuis plus de dix ans, confie : « Au début, ce conflit a affecté notre vie quotidienne. Il y a une activité militaire, et on l'entend. » Mais elle ajoute rapidement : « Maintenant que nous avons vu comment les autorités locales gèrent la situation, il y a un sentiment de calme et de confiance chez les gens qui vivent ici. »

Elle rappelle que les Émirats arabes unis ont déjà montré « un bon exemple de résilience pendant la période du Covid ». La vie continue normalement aux Émirats selon elle : « Je vis en centre-ville et les gens se promènent dans les rues, les voitures circulent, les magasins sont ouverts. Il y a beaucoup de gens qui vont au parc, à la plage… »

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Cependant, « l'atmosphère est un peu plus lourde », rythmée par les alertes officielles reçues sur les téléphones, pendant lesquelles « il faut éviter d'être dehors ». Malgré cela, Maria Palmou n'a « pas l'intention de rentrer à ce stade ».

Le retour du télétravail généralisé

Le télétravail s'impose souvent, alors qu'aéroports, ambassades, zones résidentielles et installations militaires ont été pris pour cibles dans toute la région par des missiles et des drones iraniens depuis le début de la guerre entre la République islamique, Israël et les États-Unis.

Pour Sidonie Viaud, Française de 48 ans, et son mari de nationalité indienne, tous deux dans le secteur de la tech à Dubaï, c'est « work from home jusqu'à nouvel ordre » et école à la maison. « C'est plus comme le Covid pour nous », témoigne-t-elle.

Le réalisateur et producteur français Bruno de Champris, expatrié à Dubaï depuis 2005, travaille aussi de chez lui, car « tous les tournages sont suspendus pour le moment ». « On ne dort pas bien », dans la crainte des déflagrations, confie ce spécialiste de l'image de 62 ans, qui a créé sa société.

Mais « malgré tout, les gens vaquent à leurs occupations ». « Même si le risque zéro n'existe pas, je sais que les forces émiraties font un travail phénoménal de protection », juge-t-il. Il n'imagine pas rentrer en France à court terme, à l'inverse de sa conjointe, qui a décidé d'un retour temporaire à Paris pour raisons familiales.

Vie sociale en suspens à Doha

À Doha, Asad, Américain de 40 ans, a aussi « l'intention de rester » au Qatar avec sa femme pakistanaise et leur fille de 18 mois, sauf si « des infrastructures civiles qataries sont visées par l'Iran », si la production d'électricité ou l'approvisionnement en eau sont perturbés ou encore si les biens de première nécessité « deviennent indisponibles ».

« L'ambassade des États-Unis a proposé de nous aider pour une évacuation », indique-t-il. Mais cet Américain qui travaille dans le développement de logiciels pour une entreprise de la Silicon Valley, et sa femme, employée par une université, ont décliné. « Le travail se poursuit normalement » de la maison, explique-t-il, même s'il avoue qu'« il est difficile de rester concentré tout en surveillant la situation » sur les réseaux sociaux.

Leur vie sociale est en revanche « en suspens jusqu'à la fin des hostilités ». « Nous vivons et restons principalement à l'intérieur de notre compound », quartier résidentiel sécurisé, « avec de brèves sorties pour faire les courses », dit-il.

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Comparaisons avec d'autres risques

En Arabie saoudite, le Français Nicolas Thioulouse, 47 ans, arrivé il y a quelques mois avec sa femme australienne et leurs deux enfants, après avoir reçu « une offre qui ne se refuse pas » dans la promotion immobilière, a vu « pas mal de personnes » quitter son quartier « ces derniers jours », principalement vers l'Europe.

Mais pour lui, « on a plus de chance de mourir d'un accident de voiture à Sydney que d'être frappé par un missile à Riyad ». Vivre actuellement dans la région, « c'est comme vivre en France avec le risque d'une attaque terroriste ou d'un cambriolage », renchérit Lorraine Soulier, 43 ans, directrice du réseau d'agences immobilières de luxe Barnes Dubaï. Mais « la probabilité est plus élevée que d'avoir un missile dans mon jardin à Dubaï ».

Ces témoignages illustrent une réalité complexe où la prudence coexiste avec une détermination à poursuivre sa vie professionnelle et personnelle, malgré un contexte géopolitique tendu qui impose des adaptations quotidiennes significatives.