L'Europe face à son déclin : Ursula von der Leyen sonne l'alarme
Consciente du déclin relatif de l'Union européenne sur la scène mondiale, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a lancé un appel pressant ce mercredi 11 février. Devant le Parlement européen réuni à Strasbourg, elle a plaidé pour que l'UE « élimine les entraves » internes qui freinent sa compétitivité, affirmant que c'est la condition sine qua non pour redevenir « un vrai géant mondial ». Cet appel intervient à la veille d'un sommet crucial des Vingt-Sept, qui doivent se pencher sur l'urgence de doper la compétitivité des entreprises européennes, de plus en plus malmenées par la concurrence féroce des géants chinois et américains.
Un marché unique à parachever d'urgence
Ursula von der Leyen a pointé du doigt la fragmentation persistante, qu'elle a qualifiée de « sous stéroïdes », notamment dans le secteur financier européen. Elle a exhorté les États membres à accélérer l'intégration du marché unique en supprimant « un par un » les obstacles réglementaires et administratifs qui entravent l'activité économique au sein de l'Union. « Nos entreprises ont besoin de capitaux dès maintenant. Nous devons le faire cette année », a-t-elle martelé, soulignant l'impératif d'agir sans délai. La dirigeante a également appelé à poursuivre la conclusion d'accords de libre-échange et à une « simplification » réglementaire ambitieuse pour libérer pleinement le potentiel de croissance de l'économie européenne.
Vers une Europe à plusieurs vitesses ?
Dans une lettre adressée aux chefs d'État et de gouvernement, consultée par plusieurs médias dont Euractiv, la présidente de la Commission a insisté sur la nécessité d'ouvrir davantage la voie à une Europe à plusieurs vitesses. « Nous ne devons pas hésiter à utiliser les possibilités prévues dans les traités sur la coopération renforcée », a-t-elle écrit. Ces mécanismes, peu utilisés jusqu'à présent, permettraient à des groupes d'États membres volontaires d'avancer plus rapidement sur des projets spécifiques, sans être bloqués par l'opposition des autres. Cette approche pragmatique vise à contourner les blocages institutionnels et à relancer la dynamique d'intégration.
La préférence européenne, un sujet qui divise
Répondant à une demande de longue date de la France, la Commission défend également l'instauration d'une « préférence européenne ». Cette mesure obligerait les entreprises bénéficiant de fonds publics à privilégier l'achat de composants « Made in Europe ». Cependant, cette proposition ne fait pas l'unanimité. Si l'Allemagne et l'Italie ont adouci leur position initiale en acceptant une version très encadrée, d'autres États membres émettent des réserves. Berlin plaide surtout pour une nouvelle vague de dérèglementation, rappelant que les barrières subsistantes entre les États membres (quotas, divergences de normes) équivalaient, selon le Fonds monétaire international, à des droits de douane de 44% pour les biens et de 110% pour les services en 2020.
Dans une lettre commune, six pays du nord de l'Europe (Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas et Suède) estiment que la préférence européenne ne pourrait être que « limitée, proportionnée et tenant compte de ses répercussions ». Ces États insistent plutôt sur la réforme du système financier pour créer « une véritable union de l'épargne et de l'investissement », qui canaliserait plus efficacement l'épargne des Européens vers l'économie réelle et l'innovation.
Un nouveau statut juridique pour les entreprises
Ursula von der Leyen a par ailleurs confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de création d'un nouveau statut juridique paneuropéen pour les entreprises, baptisé « EU Inc ». Également appelé le « 28e régime », ce statut permettrait aux entreprises d'exercer leurs activités dans l'ensemble de l'UE sans formalités supplémentaires ni surcoûts administratifs, simplifiant ainsi considérablement leur expansion transfrontalière. Cette initiative s'inscrit dans la volonté de réduire la complexité bureaucratique et de renforcer l'attractivité du marché européen.
Face au « rouleau compresseur » de la concurrence mondiale, particulièrement de la Chine, l'appel d'Ursula von der Leyen résonne comme un ultimatum. L'Union européenne se trouve à un carrefour : elle doit choisir entre approfondir rapidement son intégration économique, quitte à accepter des avancées à géométrie variable, ou risquer de voir son déclin s'accentuer sur la scène internationale. Les décisions prises lors du prochain sommet seront déterminantes pour l'avenir industriel et économique du Vieux Continent.



