Le 6 juillet 2026, les plaidoiries dans le procès du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, ont débuté à Istanbul, alors que se tient le sommet de l’OTAN à Washington. Cette coïncidence met en lumière les tensions entre la Turquie et ses alliés occidentaux sur la question de l’état de droit.
Un procès politique sous les projecteurs
Ekrem İmamoğlu, figure de proue de l’opposition turque, est jugé pour avoir qualifié de « stupides » les membres de la Commission électorale suprême (YSK) en 2019, après l’annulation de son élection à la mairie d’Istanbul. Il encourt une peine de quatre ans de prison et une interdiction d’exercer des fonctions politiques. Selon ses avocats, le procès est « une tentative de neutraliser un adversaire politique crédible ».
Le tribunal a rejeté une nouvelle demande de renvoi, malgré l’absence d’İmamoğlu, qui assiste à une réunion avec des maires européens à Vienne. Ses avocats ont plaidé que le procès viole les normes du Conseil de l’Europe, dont la Turquie est membre.
Le contexte du sommet de l’OTAN
Le sommet de l’OTAN à Washington, qui se déroule du 5 au 7 juillet, est crucial pour la Turquie, qui cherche à obtenir l’approbation de ses alliés pour l’achat d’avions de combat F-16 et pour faire avancer le processus d’adhésion de la Suède à l’OTAN. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a rencontré le président américain Joe Biden en marge du sommet, où il a défendu l’indépendance du système judiciaire turc.
« La Turquie est un État de droit, et les procès sont menés de manière indépendante », a déclaré Erdoğan lors d’une conférence de presse conjointe avec Biden. Cependant, des organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, ont qualifié le procès d’İmamoğlu de « politiquement motivé ».
Les réactions internationales
L’Union européenne et les États-Unis ont exprimé leur préoccupation. Un porte-parole du département d’État américain a déclaré : « Nous suivons de près ce procès et appelons la Turquie à respecter les principes de l’état de droit et des procès équitables. » De son côté, la Commission européenne a rappelé que « le respect des droits fondamentaux est une condition essentielle pour les relations avec l’UE ».
En Turquie, l’opposition a organisé des rassemblements de soutien à İmamoğlu. « Ce procès est une honte pour la justice turque », a déclaré le chef du Parti républicain du peuple (CHP), Özgür Özel, devant des milliers de manifestants à Istanbul.
Un enjeu pour l’avenir politique turc
İmamoğlu est considéré comme un potentiel candidat à la présidence en 2028. Sa condamnation pourrait l’empêcher de se présenter, ce qui renforcerait les critiques sur l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Selon un sondage réalisé par l’institut Metropoll en juin, 42 % des Turcs estiment que le procès est motivé politiquement, contre 38 % qui pensent qu’il est légitime.
Le verdict est attendu dans les semaines à venir. Il pourrait avoir des répercussions sur les relations entre la Turquie et ses alliés de l’OTAN, déjà mises à l’épreuve par les divergences sur la Syrie, la Méditerranée orientale et les droits de l’homme.



