Le détroit d'Ormuz, ce goulet d'étranglement stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, voit son rôle central remis en question. Alors que les tensions géopolitiques persistent dans la région, le monde apprend progressivement à contourner cette voie maritime sensible, grâce à des routes alternatives et à la transition énergétique.
Une dépendance historique en déclin
Depuis des décennies, le détroit d'Ormuz est un point névralgique pour l'approvisionnement énergétique mondial. Chaque jour, environ 17 millions de barils de pétrole traversent ce passage étroit entre l'Iran et la péninsule arabique. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), cette dépendance a longtemps rendu les économies mondiales vulnérables aux menaces de blocage, comme celles proférées par Téhéran en période de crise.
Cependant, les données récentes montrent un changement de tendance. La part du pétrole transitant par Ormuz dans la consommation mondiale a diminué de près de 5 % en dix ans, passant de 25 % à environ 20 %. Cette baisse s'explique par l'augmentation de la production de pétrole de schiste aux États-Unis, qui réduit les importations américaines, et par la diversification des sources d'approvisionnement en Asie, notamment via l'Afrique de l'Ouest et la Russie.
Les routes alternatives gagnent du terrain
Face aux risques géopolitiques, plusieurs pays ont investi dans des infrastructures de contournement. Le pipeline East-West en Arabie saoudite, qui relie les champs pétrolifères de l'Est à la mer Rouge, permet d'acheminer jusqu'à 5 millions de barils par jour sans passer par Ormuz. Selon le ministère saoudien de l'Énergie, cette capacité a été augmentée de 20 % en 2023 pour répondre aux crises potentielles.
De même, les Émirats arabes unis ont développé le pipeline Habshan-Fujairah, qui contourne le détroit. En 2022, environ 1,5 million de barils par jour ont été transportés par cette voie, selon les autorités émiraties. Ces infrastructures, combinées à l'essor du gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar et des États-Unis, réduisent la pression sur Ormuz.
L'impact de la transition énergétique
La transition vers les énergies renouvelables accélère également ce contournement. Selon un rapport de l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), la capacité mondiale d'énergie solaire et éolienne a augmenté de 50 % entre 2019 et 2023, réduisant la demande de pétrole dans plusieurs régions. En Europe, la part du pétrole dans le mix énergétique est passée de 35 % à 30 % en cinq ans, selon Eurostat.
« Le détroit d'Ormuz n'est plus le talon d'Achille de l'économie mondiale qu'il était il y a vingt ans », a déclaré un analyste de l'Institut français des relations internationales (IFRI) cité par l'article. « Les investissements dans les alternatives et les énergies propres changent la donne. »
Les conséquences sont multiples. Pour l'Iran, qui contrôle le détroit, cette évolution réduit son levier de pression stratégique. Téhéran a menacé à plusieurs reprises de bloquer le passage en cas de conflit, mais cette menace perd de sa crédibilité à mesure que les alternatives se développent. Pour les pays importateurs, comme le Japon et l'Inde, la diversification des routes offre une sécurité énergétique accrue, bien que le détroit reste crucial pour le pétrole brut en provenance du Golfe.
En conclusion, le détroit d'Ormuz conserve une importance stratégique, mais son rôle diminue face à l'émergence de routes alternatives et à la transition énergétique. Les investissements dans les pipelines et les énergies renouvelables, combinés à l'évolution de la production pétrolière mondiale, redessinent la carte de l'approvisionnement énergétique, rendant le monde moins dépendant de ce passage sensible.



