L'Agence internationale de l'énergie (AIE) anticipe un marché pétrolier en déficit pour les prochains mois, sous l'effet des perturbations persistantes dans le détroit d'Ormuz. Le monde puise dans ses réserves de pétrole à une vitesse « record » à mesure que la guerre au Moyen-Orient s'enlise. L'AIE a alerté, à l'approche de l'été, sur le scénario d'un marché pétrolier « en déficit » pour des mois et de nouvelles flambées de prix.
Des stocks mondiaux en chute libre
« Plus de dix semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, les pertes croissantes d'approvisionnement dans le détroit d'Ormuz épuisent les stocks mondiaux de pétrole à un rythme record », souligne l'AIE dans son rapport mensuel sur les marchés pétroliers. L'agence de l'énergie de l'OCDE juge « probable » de voir les prix fluctuer « à l'approche de la période de pointe » estivale des vacances. Les stocks mondiaux observés ont fondu de 250 millions de barils sur mars et avril, soit un rythme de 4 millions de barils par jour.
Perspectives de déficit prolongé
En partant du scénario optimiste d'une reprise progressive des flux pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz à partir de juin, « la demande pourrait renouer avec la croissance vers la fin de l'année, mais l'offre devrait se redresser plus lentement », estime l'AIE. En conséquence, le marché pétrolier restera « en déficit jusqu'au dernier trimestre de l'année ». Selon l'analyse de l'agence, la demande mondiale de pétrole pourrait dépasser l'offre pour un impact cumulatif depuis fin février de 900 millions de barils jusqu'en septembre.
L'écart sera comblé pour environ moins de la moitié grâce à la libération progressive de 426 millions de barils issus des stocks stratégiques des 32 pays membres de l'AIE, une décision annoncée en mars, et sans précédent. Mais une fois que les pays auront puisé dans ces stocks, « il restera un déficit de 500 millions de barils à résorber par les stocks de l'industrie, des réductions de la demande, une augmentation de l'offre – ou une combinaison de ces facteurs », a expliqué Toril Bosani, cheffe de la division Industrie et Marchés pétroliers à l'AIE.
Offre et demande : des prévisions revues à la baisse
Selon l'AIE, l'offre mondiale de pétrole a encore diminué de 1,8 million de barils par jour (mb/j) en avril pour atteindre 95,1 mb/j, portant les pertes totales depuis le mois de février à 12,8 mb/j. En cas de reprise progressive des flux transitant par le détroit d'Ormuz à partir de juin, l'offre mondiale de pétrole devrait diminuer en moyenne de 3,9 mb/j en 2026, pour s'établir à 102,25 mb/j. Cela représente une perte de 5,9 % par rapport aux estimations d'avant-guerre.
La demande mondiale de pétrole devrait elle se contracter de 420 000 barils par jour en glissement annuel en 2026, pour atteindre 104 millions de barils par jour, soit 1,3 mb/j de moins que les prévisions d'avant-guerre, touchant principalement aujourd'hui la pétrochimie et l'aviation. De son côté, les prévisions de l'Opep publiées mercredi voient toujours la demande de pétrole augmenter en 2026 mais moins fort que prévu : elle devrait atteindre 106,33 millions de barils par jour en 2026, soit une croissance de 1,2 mb/j sur un an contre + 1,4 mb/j estimés dans son rapport d'avril.



