À un mois des élections législatives anticipées du 22 octobre 2026, la guerre qui déchire le Proche-Orient depuis près de deux ans semble avoir disparu des radars politiques israéliens. Ni les dirigeants ni les électeurs ne placent le conflit au cœur de la campagne, comme si la société avait choisi de faire comme si la guerre n'existait pas. Ce constat, dressé par plusieurs observateurs cités par Le Monde, révèle un déni collectif et une classe politique qui préfère se focaliser sur des sujets économiques et sécuritaires internes.
Une campagne hors-sol, loin des champs de bataille
Les principaux partis, du Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahou à l'opposition centriste de Yaïr Lapid, ont délibérément évité de s'engager sur des propositions concrètes pour sortir du conflit. Les meetings et les affiches électorales mettent en avant la lutte contre la vie chère, le logement ou la sécurité intérieure, mais jamais le sort des otages encore détenus à Gaza ou les opérations militaires au Liban. Selon un sondage de l'Institut israélien de la démocratie publié en août 2026, seuls 12 % des électeurs estiment que la guerre est le sujet le plus important pour leur vote, contre 38 % pour l'économie.
Les réservistes, qui ont passé des mois sur le front, sont eux-mêmes divisés. Certains, comme le lieutenant-colonel (réserviste) Yaron, interrogé par Le Monde, dénoncent « une campagne qui ignore la réalité du terrain » et estiment que « les politiques ne veulent pas entendre parler de la guerre parce qu'ils ne savent pas comment en sortir ». D'autres, au contraire, approuvent cette mise à distance, estimant que la société a besoin de respirer.
Le déni comme mécanisme de survie collective
Pour les psychologues et sociologues israéliens, ce phénomène n'est pas nouveau. La guerre d'Octobre 2023, puis l'escalade au Liban à l'été 2024, ont provoqué un traumatisme national. « Le déni est une protection psychologique face à l'horreur », explique le professeur Ofer Grosbard, psychologue clinicien, cité par le quotidien. « La société israélienne a développé une capacité à compartimenter : on vit normalement, on va à la plage, on fait des barbecues, pendant que des soldats meurent à quelques kilomètres. »
Ce déni se traduit aussi dans les programmes. Aucun des grands partis n'a publié de document détaillant une stratégie de sortie de guerre. Le Likoud évoque « la poursuite de la pression militaire jusqu'à la victoire totale », sans préciser ce que cela signifie. Le camp de Lapid parle de « rétablir la dissuasion », mais sans calendrier ni concessions claires. Les partis arabes, eux, sont marginalisés et leurs voix sur la paix sont inaudibles dans le débat dominant.
Des élections sous le signe de l'incertitude
Les conséquences de cette absence de débat sont lourdes. Selon des analystes politiques, elle risque de prolonger l'impasse, car le prochain gouvernement, quel qu'il soit, n'aura pas de mandat clair pour négocier une trêve ou un retrait. Les familles des otages, qui manifestent chaque semaine à Tel-Aviv, dénoncent « un abandon politique ». « On nous dit que la guerre est gagnée, mais nos proches sont toujours là-bas », témoigne Einav Zangauker, mère d'un otage, dans une déclaration reprise par Le Monde.
Le 22 octobre, les Israéliens voteront donc sans savoir quel avenir leur réserve le conflit. La guerre, absente des programmes, reste pourtant la toile de fond de toutes les fractures sociales : entre religieux et laïcs, entre juifs et Arabes, entre partisans de la paix et de la force. Une équation que les urnes ne résoudront pas, mais que les politiques refusent encore de poser.



