Hongrie : L'élection cruciale qui menace l'Europe
Dimanche prochain, le 12 avril, la Hongrie se rend aux urnes pour des élections nationales décisives. Viktor Orbán, Premier ministre au pouvoir depuis quinze années consécutives, brigue un nouveau mandat. Cette perspective inquiète profondément les observateurs démocratiques européens.
La dérive illibérale d'un ancien dissident
La Hongrie sous Viktor Orbán s'est transformée en une démocratie illibérale, un concept que le dirigeant hongrois a non seulement appliqué mais théorisé. Ce système vide la démocratie de sa substance pour n'en conserver que l'apparence. Le pays est rongé par la corruption systémique, les contre-pouvoirs ont été méthodiquement affaiblis, la justice domestiquée et la presse disciplinée.
Les migrants sont désignés comme responsables de tous les maux sociaux, dans une rhétorique populiste qui a fait école. Viktor Orbán est devenu le modèle ou l'allié des forces les plus antieuropéennes, que ce soit aux États-Unis avec J. D. Vance ou en France avec Marine Le Pen.
La brèche hongroise dans la défense européenne
La relation privilégiée que Viktor Orbán a nouée avec Vladimir Poutine représente une menace stratégique pour l'Europe. Le Premier ministre hongrois a transformé son pays en une brèche par laquelle l'influence russe s'infiltre sur le continent européen. Cette proximité n'est pas seulement tactique mais profondément symbolique.
Dans la guerre que la Russie livre à l'Europe, Orbán a systématiquement privilégié les calculs énergétiques aux solidarités historiques, les équilibres cyniques à la clarté morale. Son premier geste en juillet 2024, lorsqu'il a obtenu la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, a été de se rendre à Moscou - un voyage qui rappelle douloureusement d'autres voyages historiques vers Berlin.
Le blocage systématique de l'aide à l'Ukraine
Sous la férule d'Orbán, la Hongrie est devenue le maillon faible de l'unité européenne face au Kremlin. Le dirigeant hongrois a manipulé à répétition le principe d'unanimité pour affaiblir la réponse européenne.
Alors que l'Ukraine lutte pour sa survie, Orbán a choisi l'ambiguïté, la réticence et parfois le chantage pur et simple :
- Blocage pendant des mois des 50 milliards d'euros d'aide votés en décembre 2023
- Opposition résolue au plan d'aide de 90 milliards voté en décembre 2025, pourtant vital pour Kyiv
Le Premier ministre hongrois refuse de voir en Volodymyr Zelensky un patriote ukrainien ou un défenseur indirect de la Hongrie face aux ambitions hégémoniques de Poutine. Dans sa propagande électorale, il le caricature en voleur jetant l'argent des contribuables européens dans des toilettes dorées.
L'ouverture inquiétante vers Pékin
Ce tropisme autoritaire ne s'arrête pas à Moscou. Viktor Orbán a manifesté à plusieurs reprises une complaisance similaire envers Pékin :
- Il était le seul dirigeant européen présent au sommet des nouvelles routes de la soie en octobre 2023
- Il s'est fait l'avocat zélé de la position chinoise sur la guerre en Ukraine
- Il a conclu en février 2024 un accord de coopération sécuritaire autorisant le déploiement de patrouilles policières chinoises dans les villes hongroises
De Moscou à Pékin, Orbán a inscrit la Hongrie dans une géopolitique qui n'est plus celle de l'Europe, mais celle d'un accommodement avec les puissances autoritaires coalisées contre l'Occident.
La trahison d'un ancien espoir démocratique
Le parcours de Viktor Orbán rend sa dérive d'autant plus tragique. Il y a trente-cinq ans, au moment de la chute du mur de Berlin, il incarnait l'espoir démocratique - un jeune libéral intrépide, un dissident devenu chef de parti, comparable à Václav Havel.
En 2019, lors d'un entretien, on pouvait encore discerner sous le masque du satrape empâté quelques traces de l'intellectuel mélancolique qui écrivait jadis un mémoire sur Solidarnosc. Il protestait alors de sa foi européenne et s'enquérait timidement de son ancien mentor George Soros, devenu sa bête noire.
Aujourd'hui, cet homme est devenu traître à lui-même, à son peuple et à cette liberté si chèrement arrachée aux ancêtres de Poutine. La fatigue européenne qu'il incarne risque de transformer l'Europe de Kundera, Konrád et Kertész en cimetière des principes démocratiques.
Pour toutes ces raisons, la défaite de Viktor Orbán aux élections du 12 avril est devenue une nécessité absolue pour l'avenir de la démocratie en Europe.



